Jacques-Henri Eyraud : "L'OM au sommet c'est bon pour l'attractivité du territoire"

Le président de l’Olympique de Marseille dévoile les détails du partenariat avec le Département et évoque ses nouveaux projets, un nouveau musée et un centre d’entraînement pour les plus jeunes au coeur de Marseille.

 

Vous venez de conclure un nouveau partenariat avec le Département, en quoi était-ce important de s’engager avec la collectivité ?

Ce qu’on essaie de faire depuis un an, c’est de nous rapprocher de toutes les parties prenantes, à Marseille et au-delà. Ce sont les écoles de foot de la ville, ce sont évidemment les institutions et les pouvoirs publics, les partenaires… Tous ceux qui participent aux succès futurs de l’Olympique de Marseille. C’est vrai qu’au Département, j’ai eu tout de suite une écoute attentive et Martine Vassal a été une des premières responsables politiques à faire confiance à notre projet. Et ce, à un moment où les interrogations étaient encore nombreuses. Elle a su sentir la sincérité de notre discours, de notre démarche, en tout cas notre volonté de remettre l’OM au premier plan. Cela passe par une logique de partenariat. On n’y arrivera pas seuls. Malgré tous les efforts qu’on peut faire, il faut qu’on mette en place des coopérations, avec tous les acteurs-clés de cette ville et des Bouches-du-Rhône.

Comment va se concrétiser ce partenariat ?

On a fait plusieurs réunions, pour essayer de comprendre quelles étaient les attentes et les besoins de chacun. Je crois que pour le Département, c’était de montrer que l’OM était attendu à travers la performance sur le terrain, mais aussi dans la dimension sociale de son engagement. Être présent dans la ville, s’y intégrer, être un club citoyen. Il y a plusieurs façons de l’être. Le Département était intéressé par notre équipe féminine et puis il y a toute la démarche que nous avons de montrer que l’OM n’est pas un objet hors-sol, intouchable, éloigné, qui poursuit sa route sans rien regarder autour de lui. C’est ça aussi qui a retenu son attention.

Souhaitez-vous donc inscrire l’OM dans une démarche citoyenne auprès de la jeunesse ?

Oui, on a vraiment la volonté d’être un club très présent au sein de sa communauté. On l’a fait déjà de différentes façons. La plus emblématique, c’est cette initiative que nous avons lancée en signant 21 conventions avec les écoles de foot qui nous semblaient les plus qualitatives, dans la ville de Marseille et au-delà. On a signé avec Luynes et Gémenos. On a montré cette forte volonté de travailler avec elles. C’est une convention très détaillée, qui comprend évidemment un volet financier, mais ce n’est pas l’essentiel. Il y a une dimension pédagogique et une dimension éducative qui font que les échanges avec les éducateurs de l’Olympique de Marseille et ces clubs sont de plus en plus nombreux. Ils viennent au centre d’entraînement Robert Louis Dreyfus, on les aide pour l’acquisition de connaissances techniques en vue de passage de diplômes, qu’on peut d’ailleurs organiser ici, en lien avec la ligue de Méditerranée. On organise aussi des tournois pour les jeunes, mais on va également chez eux. Visiter ces clubs et parler à leurs dirigeants, c’est une des initiatives les plus emblématiques, qu’on ait lancé en moins d’un an et qui montre cette dimension sociale. La deuxième, c’est la création d’une fondation, qui va porter beaucoup plus loin nos démarches en matière sociale. Elle est construite autour de quatre axes principaux : l’éducation, l’entreprenariat et l’insertion sociale, la promotion du sport chez les jeunes et enfin l’art contemporain. On le ressent beaucoup quand on marche dans Marseille. L’art populaire, le street-art, cela nous plaît bien, on veut l’aider et le promouvoir.

Sur ces quatre axes, trois sont directement liés à l’action du Département. Cela peut-il vous conduire à prolonger la collaboration entre le club et le Département ?

J’espère ! Les responsables politiques ont compris que l’OM était un vecteur de cohésion sociale, compte-tenu de son rayonnement et du poids que le club occupe dans son territoire. Ce serait une bonne chose de développer encore nos actions dans le domaine social. J’ajoute qu’on a aussi un enjeu sur lequel on pourrait élargir notre partenariat, c’est la création future d’un musée OM, qui va être un projet emblématique. Tous les grands clubs européens ont des lieux de célébration de leur histoire. C’est ce qu’on veut faire à Marseille. On pense que ce serait à terme une destination touristique majeure dans la ville et les pouvoirs publics ont toutes les raisons de nous aider dans ce projet. On a aussi un projet d’installation de notre école de football dans Marseille. Elle serait ouverte à toutes les écoles de foot du département. Ici, à la Commanderie, on est un peu à l’étroit. L’idée est de développer un lieu réservé aux jeunes footballeurs, pour symboliser l’intégration de l’OM dans la cité. J’espère qu’on pourra travailler sur ces sujets avec Martine Vassal et son équipe.

Quels sont selon vous les atouts et les freins au développement de notre territoire ?

Je pense que parmi les atouts, j’ai appris par la géographie que l’emplacement d’une cité ou d’un pays, c’est le premier avantage compétitif d’un territoire. Et Marseille me semble être située de façon stratégique voire de plus en plus stratégique. Cette ouverture sur l’Afrique, qui est sans aucun doute un continent qui compte et qui comptera fortement au XXIe siècle, en fait un atout exceptionnel. Il y aussi le fait évidemment que Marseille est au bord de la mer, elle a une tradition de ville de commerce, d’ouverture, d’échanges et donc là encore ce sont des thèmes qui prennent aujourd’hui beaucoup d’importance. Je pense ensuite qu’il y a deux sujets pour l’attractivité d’un territoire. C’est d’abord la mobilité, en matière de transports. Je trouve les accès de l’aéroport particulièrement difficiles et il y a des progrès à faire. Dans Marseille, la fin de la L2 va aider aussi à améliorer la fluidité. Le numérique va bouleverser tous les métiers. L’offre de formation doit également beaucoup évoluer. Pour l’attractivité du territoire, c’est très important. Et puis si dans ce sujet de l’attractivité, Marseille et la Provence voient l’OM remonter vers les sommets, cela ne sera qu’un plus évident. C’est pour cela qu’on travaille tous les jours.

Quelle est la méthode Eyraud pour relancer l’OM vers les chemins de la gloire ?

Je crois qu’il n’y a pas de méthode Eyraud. J’ai des convictions managériales. La première, c’est de savoir s’entourer des meilleurs. C’est ce que j’ai essayé de faire dans le domaine sportif, mais c’est ce que nous faisons aussi dans les autres domaines d’activité d’un club de football. La deuxième, c’est de beaucoup communiquer, d’expliquer, de partager ce qui doit être une vision claire de là où on veut arriver, dans trois ans, dans cinq ans, pour que chacun se sente concerné. On passe beaucoup de temps à expliquer ce qu’est le cap. Et puis, c’est beaucoup de travail.

L’OM est un objet qui suscite bien des passions, beaucoup d’attentes. C’est le terrain qui est le juge de paix. Mais on est au service de cette institution. Quand Franck Mc Court est arrivé, une de ses premières phrases a été de dire “OK, je suis le propriétaire de l’Olympique de Marseille, mais avant tout nous sommes des serviteurs de l’OM”. Servir l’OM, c’est déjà afficher une exigence, extrêmement élevée et je pense une capacité de travail et d’exécution très élevée. Quand tous ces ingrédients se mettent en place petit à petit, normalement on voit des améliorations et c’est ce qui se passe aujourd’hui. J’en suis ravi, même si je n’oublie jamais que dans le sport professionnel les renversements de tendance peuvent être rapides. On reste très humble et très modeste par rapport à la tâche qui est devant nous.

 

EYRAUD-MC COURT,
UN AN À LA TÊTE DU CLUB

Le milliardaire américain, Franck Mc Court promoteur immobilier à Boston, a racheté l’Olympique de Marseille le 17 octobre 2016, jusqu’ici propriété de Margarita Louis-Dreyfus. Le nouvel actionnaire a placé Jacques-Henri Eyraud à la présidence pour redresser le club après une saison 2015/2016 très chaotique. Cette année, l’équipe, renforcée par un recrutement efficace, commence à retrouver des couleurs et la tête du championnat. Parallèlement à l’aspect sportif, le président qui dirigeait jusque là un groupe de média, a engagé le club dans une démarche citoyenne en le rapprochant des acteurs publics et en misant sur des actions sociales en direction de la jeunesse. Il a créé pour cela l’OM Fondation en fin d’année dernière.