Laurence Renaux : La passion de l’objet “culte”

Femme de conviction et de cœur, authentique, à l’image de l’enseigne qu’elle dirige, héritée de ses ancêtres, Laurence Renaux a fait entrer la Maison Empereur dans le 21e siècle tout en conservant l’âme de la plus vieille quincaillerie de France.

C’est un lieu comme il en existe peu. Intemporel et emblématique pour des générations de Marseillais, devenue une adresse incontournable pour les touristes, la Maison Empereur, née en 1827, redonne ses lettres de noblesse au quartier Noailles, le “ventre de Marseille”, sous la houlette de Laurence Renaux. On y trouve tout, de l’objet le plus insolite, le plus usuel ou le plus rare, dans les arts culinaires, la coutellerie, les arts ménagers, le bricolage, la droguerie, le jardinage et les jeux d’autrefois. Passionnée des artisans et des savoir-faire français, de l’excellence à l’étranger, “perfectionniste”, à 48 ans, la maîtresse de maison est aussi une entrepreneuse : “Je tiens le goût d’entreprendre de mon père. Ma mère m’a donné celui de la relation avec la clientèle”. 

Septième génération

Quand en 2003, après vingt ans aux côtés de ses parents, son père Roger Renaux lui laisse les manettes de l’entreprise familiale, c’est la 7e génération, et pour la première fois une femme, qui prend en main le destin de cette institution marseillaise, monument du patrimoine commercial de la ville, “la plus ancienne boutique de Marseille dans les mains de la même famille depuis 200 ans !” 

Et la plus vielle quincaillerie de France rayonne aujourd’hui bien au-delà des frontières provençales. “Je reçois énormément de clientèle étrangère”, explique Laurence d’emblée. Dans la boutique, inévitablement la magie opère. 

Passeuse de mémoire

Empereur, c’est un cabinet de curiosités, un temple artisanal des métiers d’autrefois et des articles d’aujourd’hui, avec quelque
50 000 références “et toute référence qui entre chez Empereur n’en chasse aucune autre”, insiste Laurence, ajoutant, “nous suivons tous nos produits”. C’est l’une des forces d’Empereur. Celle qui a nécessité de pousser les murs de l’enseigne pour répondre à la demande des clients, avec le rachat des anciens salons dansants Saint-Louis, pour aménager des univers dédiés : “Le matériel professionnel au rez-de-chaussée, les objets délicats et fragiles, comme la vaisselle, le linge de maison, les tissus mais aussi les rééditions de jouets anciens à l’étage”. Une belle idée qui a permis d’attirer une autre clientèle tout en conservant les compétences de la vente aux professionnels. Un espace dédié aux vêtements et accessoires de tradition a également vu le jour : tenue de gardians,veste de berger en pure laine de mouton, sac de berger made in Larzac, blouse de maquignon, marinière bretonne, charentaises… “Chaque vêtement a une histoire. Nous la consignons dans un catalogue, à la disposition de nos visiteurs”. Une ode à la tradition et au savoir-faire. “Mais attention, prévient Laurence, nous vendons également des chinoiseries, c’est obligatoire”. 

L’histoire, c’est l’ADN de la Maison et Laurence en est pétrie. “Nous sommes une vitrine des manufactures historiques françaises et de l’excellence étrangère. Nous travaillons avec près de 200 manufactures anciennes, 90 % des Entreprises du patrimoine vivant. C’est là notre crédibilité”, explique celle qui refuse de vendre du matériel électrique à l’obsolescence programmée, “même si on me donnait des millions d’euros ! ” Elle revendique une éthique et reste très attachée au compagnonnage. 

“Je les aime tous”

A l’heure des mastodontes commerciaux, Laurence joue la même carte que ses “ancêtres” : le service et le conseil avec le sourire. Ses 29 salariés le savent bien, elle les recrute au coup de cœur : “Je les aime tous. D’ailleurs, il y a très peu de turn-over dans les équipes”. La philosophie de l’entreprise est toujours la même et la dirigeante ne transigera pas sur ses exigences : “Donner satisfaction à tous les clients, qu’ils soient riches, pauvres, jeunes, vieux. Toutes les classes sociales doivent pouvoir s’y retrouver”. Dans chaque espace du magasin, une chaise est posée, “parce que c’est un symbole d’échanges. Ici, nous sommes dans la proximité. Les Marseillais y tiennent et c’est eux le référencement naturel d’Empereur”. 

Une chambre d’hôte et bientôt un musée

Cette obsession de la satisfaction du client l’a poussée récemment à ouvrir une chambre d’hôte au-dessus du magasin, à la demande de certains, un lieu étonnant, “une expérience pour les amoureux d’Empereur” comme une arrière-boutique, riche de documents historiques, archives, catalogues, et photographies... témoins des deux siècles d’existence. Bientôt, Laurence envisage de créer dans des locaux récemment acquis, le Musée des Entreprises du patrimoine vivant, à deux pas des boutiques. “Je suis tellement attachée à l’objet culte. Sans ça, on ne vaut plus rien” dit-elle combative et convaincue de la force du commerce indépendant.

Laurence Renaux a également redonné vie au blason de la Maison Empereur.  

Les 3 loups représentent ceux qui ornent le balcon en corbeille de l’immeuble abritant la Maison  Empereur, le rameau  d’olivier est un symbole d’abondance et de  longévité, la vigne vierge de vie et de renouveau, la couronne représente la Ville de Marseille.