À l'ascension de la tête du grand Puech

Au-dessus de Mimet

Pour y aller, il faut chalouper sur la crête entre deux mondes : celui des montagnes et celui de la mer, au loin... Des sommets comme celui-là, on en redemande...

Il en est ainsi de certaines randonnées : plus courtes que d'autres, elles n'en offrent pas moins d'émotion. Le joli saut vers le sommet de la Tête du Grand Puech, au-dessus du village de Mimet, le plus haut du département, est de cette trempe. Deux heures suffisent pour un aller-retour tranquille, mais quelles heures...

Intenses, furieusement bariolées, mémorables ! Par où commencer ? Le plus simple est de se garer dans les emplacements prévus à cet effet sur la route du col Sainte- Anne, juste avant une barrière DFCI. Ensuite, l'itinéraire est tracé de bleu, sans compter de judicieux panneaux de bois indiquant la direction à suivre aux endroits stratégiques.

Imaginons les muletiers d'antan...

Tout est paré... Eh bien, en route ! Et le spectacle commence tout de suite avec une vue grandiose sur la plaine gardannaise et les environs d'Aix-en- Provence. On chemine là sur le versant Nord de la chaîne de l'Etoile et la végétation apparaît étonnamment luxuriante : chênes verts, chênes persistants, buissons... Imaginons ces muletiers d'antan qui ralliaient Marseille par cette voie une peu folle, un peu montagnarde et par trop isolée. Ou, pour remonter plus loin dans le temps, songeons à ces peuplades de Salyens qui sur de plus anciennes traces gravissaient ces hauteurs pour y bâtir leur oppidum. Qu'observaient-ils distraitement ? Ces mêmes roches dégoulinant en cascade des crêtes qui sans doute étaient moins polies par les vents et les eaux ? Possible ! Sauf ces grands champs labourés émergeant d'entre les pinèdes de Simiane, la vue ne devait pas être bien différente. Quant au col Sainte- Anne, il était déjà, certainement, au confluent de tous les mythes. Car le voilà, le col, au terme d'une courte marche. Col et promontoire à la fois, car d'ici les vallons prennent des airs mystérieux. Dans leurs creux, sous les ombrages des arbres qui les hantent, fourmille cependant une vie animale intense.

Une drôle de traversée sur un pan inclinée

Le col est aussi un carrefour pour le marcheur : à l'Ouest, on s'avance vers le Pilon du Roy, à moins d'une heure, au Sud vers le hameau de La Fève, aux abords d'Allauch, à 2h30. Quant au sommet du Grand Puech, c'est à l'Est, à main gauche dans le sens du cheminement. Pour l'instant, une vue incomplète embrasse tout l'arrièrepays marseillais, mais de là-haut, tout à l'heure, on verra la mer. En attendant, les silhouettes célèbres meublent cette immense carte postale circulaire : l'ombre massive du Pilon, par exemple, fier et terrible promontoire où tant d'intrépides grimpeurs ont usé leurs forces tandis que certains y ont laissé leur vie. Il faut cependant lui tourner le dos pour mener la balade à son terme. Voilà... ça y est, on voit la mer, du côté de la Pointe-Rouge avec les contreforts du massif des Calanques qui viennent s'y baigner. Mais la côte est rude et les yeux fixent plutôt fébrilement les innombrables cailloux qui roulent sous les chaussures en tintinnabulant.Survient un petit passage pentu qui nécessite l'usage des mains pour s'agripper à la roche, puis une drôle de traversée sur un pan incliné. Bien suivre les traces bleues...

Soudain, un bruissement d'ailes...

Désormais à belle altitude, le sentier se faufile entre les chênes kermès, à deux doigts d'un bel à-pic derrière la crête. Le dôme du Puech n'est pas encore visible, mais bizarrement il semble proche. Il émane de cette élévation une muette attirance. Comme un aimant surnaturel... L'ascension prend de la dimension. Au fond, là-bas au Sud, voilà maintenant la mer qui se découvre en grand format, avec les îles du Frioul en prime. De l'autre côté, au Nord, Sainte-Victoire se dévoile également : immense falaise saluant crânement l'horizon. Et là tout près, un autre spectacle plus intimiste : là une brèche dans la falaise, ici un col ébouriffé de pins d'Alep mûris à l'abri d'une sorte de totem de pierre. Le sentier poursuit son déroulé dans le caprice des crêtes tandis que peu à peu émerge le Puech surmonté de sa vigie.

Soudain un bruit caractéristique interrompt le silence : un bruissement d'ailes assez fort et des argeras démarre à toute vitesse un beau perdreau au plumage doré. Il s'engouffre dans les vallons comme un boulet de canon avant de disparaître, englouti par la végétation. La crête joue une partition moins tourmentée et les arbres y ont établi de belles colonies. Le poétique le dispute ici au sauvage. Et toujours ces images en bascule, vers la mer d'un côté, vers les montagnes de l'autre. C'est ainsi, entre deux mondes, que l'on atteindra enfin le sommet. Encore un ou deux passages marrants, comme cet étroit défilé qui après avoir impressionné se franchit toutefois aisément. Enfin la récompense, à plus de 800 mètres d'altitude. Il est alors temps de rentrer par une petite variante, sur un tracé rouge à main gauche avant les antennes. Il rejoint la route classique du col et offre une belle vue sur l'ermitage Notre Dame des Anges.

Paul Teisseire

PRATIQUE - Comment Y aller ?

On rallie le petit village de Mimet en passant par Simiane depuis la voie rapide qui mène de Septèmes à Gardanne. De l'autre côté, il est possible d'en faire de même par Peypin, au-dessus d'Aubagne.