Au fil des calanques bleues

Au fil des calanques bleues

À l'ouest de l'Estaque


En balcons... En visions... La roche sur une joue, l'air salin sur l'autre... Et des sauts à ravir, des monticules à franchir, des montagnes de pierraille à sauter... Dépaysant !

Au départ il y a la calanque de La Vesse avec sa drôle d'harmonie. Le petit village de pêcheurs à l'urbanisme baroque a pris des airs cossus, tant et si bien que les cabanons du dimanche se sont transformés en demeures perpétuelles. 

Mais le lieu n'en a pas pour autant perdu son charme. En fait, l'originalité de l'ensemble vient d'un grand viaduc. Il dessine tout làhaut un trait d'union rectiligne entre les collines mastodontes tombant dans la mer tandis que, telles les pattes d'une araignée géante, de longues arches courbes semblent se saisir des maisons

Et lorsque passe le train de la Côte Bleue qui file vers les Martigues, le spectacle est étonnant. Face à la mer, on bascule sur la droite en direction de Niolon, toute proche soeur jumelle. Petite montée en guise de mise en jambes... Quelques escaliers au milieu de pins tordus par les vents, rabougris par l'air salin... Puis la vision d'un petit port entouré d'autres habitations entre lesquelles on a plaisir à flâner de calades en ruelles. Architectures indéfinissables, plutôt de bric et de broc, mais du charme, incontestablement...

Un chemin reptilien

Partir et rêver... Ce sera ainsi tout au long de cet étonnant voyage fait de montagnes russes grimpant et dévalant en permanence au-dessus des flots. Il faut monter vers la gare derrière laquelle se trouve un grand parking au bout duquel, entre un immense pin à l'ombre réparatrice et son voisin courbé vers le sol, démarre le sentier, par le Chemin des poseurs.

Quelques dizaines de mètres et survient le dépaysement. Le chemin devient reptilien. Lacets, côtes, descentes virevoltantes, corniches en surplomb. Là, datant de la deuxième guerre mondiale, un vieux blockhaus. Ici un raide sursaut avec en prime une vue de face sur un autre viaduc en franche découpe moderniste sur le bleu de la mer. Plus haut un effondrement de petits blocs rocheux qui n'en perturberont pas plus que ça la sérénité du sentier car leur passage est moins difficile qu'il n'y paraît de prime abord. Il faut toutefois bien observer l'itinéraire en suivant la trace qui passe sous le viaduc.

Les pas vont ainsi porter vers le front de mer, une fois encore le nez dans le ciel salé. La balade devient sportive. Elle conduit à contourner un arbre partiellement déraciné et couché de tout son travers. Dans cette portion du parcours on ressent une grande sérénité sans doute due au profond respect qu'inspire aux alentours cette nature sauvage caractérisée par l'éclatement de ces immenses roches blanches en blocs difformes exposés dans tous les coins. Encore un arbre couché qu'il faut enjamber et au-delà le sentier qui reprend de l'altitude. Et toujours les collines d'un côté et la baie de Marseille de l'autre, voluptueux croissant de bleus dégradés enserrant les îles du Frioul et loin à l'est touchant aux montagnettes de Marseilleveyre.

Enfin la presqu'île...

L'aventure continue avec quelques sursauts spectaculaires, tel ce petit passage à mettre les mains au flanc d'une douce falaise. Au loin se dessine déjà la massive silhouette de la presqu'île du Moulon. On y parviendra tout à l'heure au prix d'un bel effort. En attendant on a plaisir à savourer cette lente approche avec les surprises qu'elle réserve. Un petit tunnel taillé dans le roc, quelques courbes élégantes bordées de romarins, de cades, de cistes et de bruyères... Une drôle de boucle dans les pins et surgit un grand mur qui soutient en fait le ballast du chemin de fer. Enfin la presqu'île, lourde, impressionnante. Et en contrebas du sentier, l'écume bouillonnante appliquée à doucement sculpter la pierre. À quelques mémorables enjambées dans un décor farouche, la petite plage de Figuerolles elle aussi surmontée d'un sérieux viaduc. À ce stade, bien prendre soin de demeurer à droite afin de passer de l'autre côté de la voie par des passages bien aménagés. Plus loin un pont au-dessus des rails permettra de revenir côté mer pour cheminer patiemment vers Méjean, calanque habitée, lovée au creux d'un grand lagon irradié de soleil. Pour y parvenir il faudra franchir des cols, longer des crêtes, jouer les équilibristes au-dessus de l'eau dans une lumière avivée par la blancheur des roches aux formes bizarres. Le retour en contrechamp n'en sera pas moins spectaculaire...

Paul Teisseire

PRATIQUE - Comment Y aller ?

On atteint la calanque de La Vesse, point de départ, par un embranchement situé, après Le Rove, sur la petite route de la Côte Bleue qui relie l'Estaque à Ensuès-la-Redonne.