Balade géologique sous la Sainte-Baume

AU PAYS DES ROCHES RENVERSÉES

Au-dessus des lacets du col de l'Espigoulier, un sentier pentu permet de se percher pour observer la montagne dans toute sa complexité rocheuse...

Dans les correspondances où il évoquait la science du paysage, le peintre Paul Cézanne insistait volontiers sur l'intérêt particulier qu'il attachait à la formation des sols. C'est qu'il y allait « tous les jours », au paysage, et qu'il s'inspirait de chaque matériau.

Ainsi, évoquant plus précisément son étude quotidienne, l'une de ses lettres est ponctuée d'une exclamation éblouie : « la géologie, mesure de la terre ! ». Avec la même attention que le Maître s'obligeait à porter à la nature, nous allons ce coup ci observer les curieux dénivelés du tombant sud-ouest de la Sainte-Baume, au-dessus de la vallée de Saint-Pons. Il faudra marcher aussi, sur une belle côte propice à la remise en forme. Sacrée ascension... Point de ralliement : la vallée de Saint-Pons, au-dessus de Gémenos. Le Fauge, principal ruisseau descendu de la montagne, sera le compagnon de ce voyage, le temps de quelques premiers pas. Point de départ : le Pont des Tompines, ou plutôt le rond point que l'on rencontre dès après le franchissement du Pont, à l'attaque du fameux col de l'Espigoulier dont, une fois les hauteurs atteintes, on pourra mesurer les lacets.

Dès le début, à main gauche, un sentier en contrebas semble attiré par une ondine musique. Celle du Fauge, frais compagnon de route et guide jusqu'à un étroit pont pédestre qui, s'il est franchi juste audessus d'une cascade, permet de rejoindre la maison du Parc. Sinon, quelques dizaines de mètres plus avant, sur la rive originelle, on déniche l'orée du vallon dans lequel, à main droite à la perpendiculaire, un itinéraire bleu arrache le promeneur à la quiétude du val et le propulse dans la tourmente minérale des sommets dans un drôle d'univers fait de chênes kermès, de plantes aromatiques et de curieuses fougères qui semblent laper l'eau que les pluies précipitent dans des creux en forme de roubines. L'ascension est faite de raidillons et de pentes à peine plus douces sur ce qu'il est convenu d'appeler une grimpée dont, au bout du compte, le dénivelé frôlera les trois cents mètres. L'endroit se nomme Vallon du Gour de Brès grave et magnifique encaissement. Pour rallier les hauteurs, il faut s'y prendre calmement, avec une obstination détachée, dans cette rude et rase végétation qui, partout, s'enlace à la roche. Au bout de l'effort, le sentier débouche sur une piste. A main droite, puis en continuant, on peut rejoindre l'Espigoulier, le col en personne. Arrivé tout simplement sur un petit défilé dérocté, tout près du débouché du sentier, on est là, déjà, sur le belvédère idéal pour s'adonner à l'observation de la montagne. En face, la lourde masse s'expose, pleine de mystères. A nous de les décrypter...

SYMPHONIE MINÉRALE...

Le regard examine alors le tombant sud de la montagne. Grandiose spectacle. La roche, partout, domine la végétation, marque de son empreinte un paysage subtil. Il faut tenter d'y voir plus clair... Sur le bas, de l'autre côté des lacets du col, le regard plongeant à gauche, on observe de grandes couches calcaires et marneuses, provenant d'un soulèvement des fonds marins. On les date du Crétacé inférieur, soit de 95 à 110 millions d'années avant notre ère. A peine plus haut, sous la falaise du Pic de Bertagne, le terrain est du crétacé supérieur (65 à 90 millions d'années). Enfin voilà le Pic. On le dirait posé là on ne sait par quel miracle.

En fait, il s'agit de l'échine calcaire de la Sainte-Baume qui, vue d'ici par sa tranche, donne une falaise verticale de plus de 200 mètres datée du barrémien (100 millions d'années) avec une variante urgonienne, c'est à dire qui forme des corniches, ici magnifiques. Paysage expressif ! Symphonie minérale ! Un tout complexe car le Pic n'était vraisemblablement pas le sommet. Un phénomène tectonique, à savoir une modification des terrains sous l'effet de forces naturelles, a déplacé sa partie supérieure vers le nord par ce que les scientifiques nomment un « effet de traîneau ». D'où la vision de ces belles plissures longitudinales qui donnent à ce pan de la montagne toute son originalité et à la balade de deux heures et quelque une dimension passionnée ; le regard ciblant un sommet calcaire culminant à 1 043 mètres alors que Gémenos n'est qu'à... 150 mètres au-dessus de la mer.

Comment y aller

Le pont des Tompines est immanquable, au commencement du val de Saint-Pons, à peine le village de Gémenos dépassé. Non loin, le parking du Parc offre de nombreux stationnements.
Durée de la balade : deux à trois heures suivant le temps de l'observation.
Niveau de difficulté : 3 sur 5.