Col de la Gineste

Col de la Gineste

Tout près de la Muraille de Chine

 

Entre la Gineste et le lointain quartier de Vaufrèges, à l'est de Marseille, une formidable curiosité. À contempler de bas en haut, jusque depuis le sommet du Mont Carpiagne...

C'est la voie de l'aigle, la paroi superbe, arrogante. Protégé, le grand rapace niche là dans les anfractuosités de la roche.

Il se nourrit de petits rongeurs ou de lapins qui pullulent sur les contreflancs escarpés de la colline et au bas, dans les abords sauvages du pittoresque quartier de Vaufrèges, aux confins Est de la cité marseillaise.

Contrairement à sa grande soeur, la petite Muraille de Chine n'a pas été façonnée par l'homme. La nature est seule créatrice de cette merveille au nom qui sonne peut-être exagérément. Les pluies, les vents, les courants d'air salés transportés par delà le massif des Calanques, le soleil, les spectaculaires baisses de température enregistrées ici l'hiver l'ont façonnée comme un joyau.

Elle s'élance ainsi au bas du col de la Gineste, exposant ardemment sa haute et longue silhouette calcaire, dressant audessus d'une épaisse garrigue des crêtes tourmentées.

On ne défie pas une telle grandeur. On n'y grimpe pas. On n'y marche pas, bien qu'autrefois un sentier en surplomb fut utilisé par hommes et bêtes qui ralliaient ainsi de pittoresques bergeries aujourd'hui en ruines. Comme l'aigle qui y a trouvé son bonheur, la Muraille est protégée.

Des panneaux informent d'ailleurs les curieux des risques encourus en cas de manquement aux règles. Alors, comment faire pour s'enivrer un tantinet des charmes de cette curiosité ?

L'observation... puis l'ascension

C'est en deux temps qu'il faut visiter la muraille. Tout d'abord du regard, depuis le bas de La Gineste. La manoeuvre d'approche n'est pas facile. Elle nécessite une solide ascension réservée aux marcheurs volontaires. Il faut en effet grimper jusqu'au sommet du mont Carpiagne (643 mètres d'altitude pratiquement au bord de la mer) pour approcher le site.

Sans se presser, économisant son souffle dans les passages les plus raides, trois heures aller-retour seront à peu près nécessaires.

Trois heures depuis le col de la Gineste, au sommet des lacets, là où de vastes parkings accueillent les véhicules des randonneurs.

On l'aura en effet compris : c'est en voiture qu'il faudra se déplacer pour atteindre le départ de cette balade surprenante.

Col de la Gineste

Fausses et vraies joies...

Le démarrage apparaît plutôt doux. Sur la gauche de la route lorsqu'on regarde vers Cassis, le sentier tracé de jaune s'élève lentement, en diagonale, dédaignant une large piste qu'il ne croisera que plus haut.

Puis il y a un replat rapidement suivi d'une plongée dans un léger creux. Si l'on regarde vers l'ouest, on domine déjà la ville et, selon le temps, on en perçoit la rumeur. Si l'on se tourne vers l'est, c'est une mer de collines mamelonnées qui surgit, dansante jusqu'à la Sainte-Baume, espiègle jusqu'aux falaises du Cap Canaille. Si l'on fait face au sud, c'est la silhouette majestueuse de l'île de Riou qui semble s'envoler au-dessus des sommets et plateaux des Calanques.

Le nord ? C'est pour plus tard, au bout de l'ascension. En attendant, voilà qu'interviennent les premières difficultés.

Loin d'être insurmontables, elles propulsent vers le bonheur de la découverte. Voici un océan de bruyère et, soudain, le mont qui le surplombe de toute sa juste arrogance. Les lacets deviennent plus sérieux, parfois longs et pentus, parfois serrés et escarpés.

Pas la peine de grimper d'une seule traite. Les haltes sont autant nécessaires pour reprendre son souffle que pour se rassasier du spectacle changeant au fur et à mesure qu'augmente l'altitude.

Comme ça, à flanc de colline, on n'aperçoit plus le sommet. On ne découvre que des surplombs qui lui ressemblent étrangement, mais à chaque fois on constate qu'il ne s'agit que d'une impression et qu'il reste encore pas mal d'effort à accomplir. On appelle ça une "fausse joie".

Sur l'horizon la vue s'amplifie, touchant cette fois la chaîne de l'Estaque et les abords de l'Etang de Berre. Alentour, de splendides élancements rocheux forment une somptueuse farandole calcaire. Les "fausses joies" se succèdent au point de faire douter le promeneur peu aguerri. Telle cette pente interminable qui s'alourdit en un "S" douteux qui pourtant... débouche sur le chapeau arrondi du mont.

Là, au Nord, découvre-t-on enfin, par strates, la chaîne de l'Etoile, Sainte-Victoire et les élévations enneigées des Préalpes, en hiver bien entendu. À moins de cent mètres à droite, un cairn matérialise le sommet. A gauche un sentier toujours tracé de jaune plonge dans un profond vallon d'où il repartira à l'assaut du mont voisin, le Saint-Cyr, qui culmine à quelque 600 mètres au-dessus du quartier de Saint-Loup. C'est en le quittant assez tôt à main gauche que l'on emprunte un autre petit sentier qui s'en vient lécher les crêtes au-dessus de la Muraille. Là encore, il est interdit de s'aventurer mais qu'importe puisque d'en haut le spectacle est déjà hallucinant...

Paul Teisseire


PRATIQUE - Comment y aller ?

Le Col de la Gineste permet de rallier Cassis à Marseille en franchissant les hautes collines par la Départementale 559 qui traverse les quartiers marseillais du Redon et de Vaufrèges...