Graveson, entre Alpilles et Montagnette

Graveson, entre Alpilles et Montagnette

A la rencontre du peintre Chabaud


Dans le tendre dédale du village, un étonnant parcours jalonné de belles reproductions, place le visiteur dans la position du maître... Motifs et créations confrontés... Superbe !

Au coeur de cette Provence dont Chabaud disait qu'elle est "comme une femme qui vous fait absoudre ses rigueurs par un seul de ses sourires", il y a les Alpilles. Au ras des Alpilles, il y a Graveson, blotti contre la Montagnette.

Entre le peintre et son village il en a fallu du temps pour que soient scellées de vraies retrouvailles. Mais voilà, c'est fait ! Un musée célèbre celui qui fut rattaché au mouvement fauve, au même titre que Matisse, Derain ou Vlaminck...

Et il y a mieux encore. Un petit parcours conduit le promeneur sur un enchaînement de paysages captés par Auguste Chabaud dans sa période dite "provençale". C'est que l'espiègle maître ne demeura pas toujours ici, dans le Mas familial, cirque de son enfance et chaleureux cocon de ses jours finissant.

Là bien sûr, dans la campagne gravesonnaise, demeure son atelier précieusement conservé par ses descendants et sur rendez-vous ouvert aux visiteurs, avec la complicité du musée. Mais c'est à Paris que l'artiste se distingua aussi ; avec des scènes de vie, de cabarets et d'hôtels borgnes. A Paris où il vécut après avoir croqué dans la douleur des moments furtifs de la terrible guerre de 1914-1918, dans laquelle il était plongé en qualité d'artilleur.

Au chevalet, face au motif...

Graveson, c'est un concentré de Provence, avec tableaux naturels et parfums typiques. Chabaud l'avait goûté, humé. Il suffit d'ailleurs de se promener sur ses traces pour le constater. Au départ : le musée, bien entendu. S'il célèbre le maître, le lieu a également pour vocation de mettre en scène un artiste contemporain, durant une période de l'année.

Il y eut Viallat et Enrique Marin.Cet automne toutefois, Chabaud occupe seul l'ensemble des salles, dans le cadre de ce qui est appelé la "collection permanente".

On peut ainsi admirer des beaux tableaux champêtres, des scènes de la vie rurale en Provence, des paysages, des coquineries parisiennes et maints croquis. Un vrai ravissement ! Enfin l'on débouche dans la rue la plupart du temps irradiée de lumière, hiver comme été. Là, Cours National, voici la première rencontre avec le génie du peintre. Non loin du petit canal nommé La Roubine, la reproduction sur céramique affronte gaillardement le spectacle d'aujourd'hui.

Et l'on se retrouve plongé dans la geste du peintre. Au chevalet face au motif, ou tout comme, avec en prime le travail accompli et l'émerveillement devant l'aboutissement. Loin de la naïveté, la touche de Chabaud relève d'une recherche aboutie de la caricature dans un style voulu proche du primitivisme. Du coup, les peintures avant-gardistes d'hier semblent-t-elles danser dans l'air d'aujourd'hui.

Intemporalité...

Ensuite... Eh bien quatorze autres étapes contemplatives vous attendent. Quatorze tableaux affrontant leurs motifs à peine remodelés par le temps et la main de l'homme. La passion de Chabaud explose sur cet itinéraire.

Déjà sur le Cours avec deux vues du village d'une époustouflante simplicité : la Roubine captée sous un autre angle puis la Place.

Puis encore quatre oeuvres entre le Cours, la rue de la République et l'église : des maisons entrechoquées avec le clocher en point de mire, une scène de rue, une autre ruelle...

Le village n'est pas grand, mais ces peintures lui offrent un autre espace. Une sorte d'intemporalité, peut-être...

L'église est là, pareille au bâtiment qu'a sublimé Chabaud.

En prime, les céramiques repeuplent sa place et ses abords avec les fantômes du passé : rassemblement devant "La maison du mort", "L'enterrement", ou encore sur l'avenue de Lattre de Tassigny, entre le mur toujours debout d'un vigoureux verger et une haute maison, la marche des provençales en route vers la messe.

A l'opposé, de l'autre côté du village, ce sont les lavandières qui animent une autre perspective sur la Roubine. Sans compter cette éclatante aquarelle qui, pour les amateurs d'art, fait du "Coin de la Vierge" un lieu particulier de pèlerinage...

Chabaud chamboulait le monde et c'est ce qui fait maintenant la fierté de Graveson d'où les vents de Provence ont porté loin la voix du maître : "Malgré les apparences qui peuvent me faire prendre pour un paysan par les poètes-littérateurs, pour un propriétaire par les "bourgeois" et pour un gros par les "petits", le seul titre qui me corresponde, c'est le titre d'artiste, le seul que je revendique en homme qui à Sancho a toujours préféré Don Quichotte, sans nier le bon sens du premier ni la folie du second.Mais j'aime mieux une belle folie à un bon sens..."


Paul Teisseire


PRATIQUE - Comment y aller ?

On peut se rendre à Graveson depuis Châteaurenard, par le CD 28. Le plus simple est toutefois d'emprunter la RN570, dite route d'Avignon.

LA PEINTURE ENCORE...

Trois grandes fresques à voir également ont été réalisées par les artistes locaux, Monique Chabaud, Isabelle Vasseur et Magali Roux, sous l'impulsion de l'Office du Tourisme : sur le mur des Arènes, sur le mur Pascal et place Henri-Dunant.Par ailleurs, de nombreuses boîte aux lettres décorées par les habitants sont également à admirer. C'est à l'association des artistes gravesonnais que l'on doit cette initiative.

Musée : 04 90 95 71 05.