La cité cachée de la ville industrielle

Personnages et traces...

Les figures ectoplasmiques du Roi René puis de l'ingénieur Biver hantent déjà le regard du flâneur. Et très vite, celle du peintre Paul Cézanne vient les rejoindre. Dès le boulevard Carnot,non loin de l'Office de Tourisme ! Un parcours sur les pas du maître qui a séjourné ici dans les années 1885/86 emprunte aussi le dédale de la vieille ville. Dédale à explorer selon son goût. Par exemple... Départ Place de Gueydan, du nom de cette généreuse marquise dont le legs permit notamment la construction du lycée agricole de Valabre.On prend tout de suite à main droite, rue Marceau. Remises, vieilles devantures, murs d'angles, encadrements... Une vingtaine de mètres : surgit la rue Courbet puis la rue Puget.De cette dernière,vers les hauts et à main gauche, se rallie l'ancienne calade de la rue Courbet devenue curieux escalier.Alors une fourche sème le doute :droite rue Viala,gauche encore Courbet. Y rester ? Pourquoi pas... Pour prendre en haleine cette sorte de col débouchant sur la vieille, la moyenâgeuse Chapelle Saint-Valentin devenue des Pénitents. La contourner par la gauche au-dessus d'une fraternité d'oliviers en restanque.

Croiser le beffroi, contourner d'un côté ou de l'autre un hameau haut perché... Emprunter la route montant plus avant sur l'épine dorsale de la colline, contre un immeuble pimpant. Les moulins sont là-haut, dans le silence contrasté d'une pinède inespérée. Le spectacle aussi se goûte d'ici : Sainte-Victoire au nord, Chaîne de l'Etoile au sud, barrage de collines au-dessus d'Aix...Mais encore ces traces industrielles : mastodontes rouges d'où suinte l'alumine, carcasses de puits plongeant de la terre au ciel, centrale à charbon et le grand crassier, ou terril, au dos rond miraculeusement recouvert d'arbres. Et partout en l'air la stature du mineur... Redescendre vers quelle utopique rencontre ? À main gauche,par les escaliers de la rue Bel Air, jusqu'aux abords de l'Hôtel de Ville, en admirant dans la foulée, recoins, placettes et rétrécissements poétiques... Avant de retrouver les boulevards aux berges ombragées où flâne le fantôme du corsaire Claude Forbin de Gardanne dit Forbin...

La cité cachée de la ville industrielle

GARDANNE

Avenir-présent-passé...

Ce mariage à trois embellit celle qui voilà peu vibrait encore au rythme du charbon. Il suffit d'y aller pour s'en rendre compte...

Ces ruelles, ici, là, moins ou plus étroites, courbes, entrecoupées, jointes, arrangées ou dérangées de bric et de broc au fil des temps... Elles dessinent une grande toile d'araignée médiévale, tracé sensuel de la cité

autour du castrum, colline-rocher surmontée d'un château. L'originalité de ce dédale n'est pas tant que s'en exprime une grande sophistication. Une réhabilitation trop malencontreusement ordonnée n'a pas encore fondu comme un vol de gerfauts sur le Vieux Gardanne. Aussi, reste pour l'instant écarté le risque de voir se transformer le coeur historique de la cité en bonbonnière muséale expurgée de tout occupant et dévolue aux murs de pierres trop apprêtés pour être honnêtes ou aux boutiques rétros débordant de colifichets touristiques plus faux les uns que les autres.

Non ! Ce qui fait le charme de l'ancienne capitale méditerranéenne du charbon c'est son silence, sa pudeur, sa timidité même et surtout le lien charnel que ce magma d'habitats intimes recroquevillés les uns sur les autres entretient encore, comme autrefois, avec la colline originelle, la colline jadis nourricière puisqu'y tournaient trois moulins dont on peut toujours voir les silhouettes rondes et trapues. C'est vers eux que nous allons cheminer dans la fraîcheur naïve des passages enserrés ; là où tout, du vestige jusqu'à la vue circulaire sur le paysage alentour, évoque le passé cataclysmique de cette ville et les hommes qui ont contribué à le maîtriser.

Vestiges de castrum, nouvelles voies...

Gardanne en effet vit aujourd'hui son dernier séisme économique avec cette fois une crise d'identité causée par la récente fermeture de la mine de charbon, symbole de dignité, d'âpreté au travail le plus dur, ciment du tissu social, parfois terrible pourvoyeuse de drames mais vénérée pour la relative opulence qu'elle apportât à beaucoup de familles.Dans la deuxième partie du 15e siècle, le Roi René, qui au charme spartiate et guerrier du vieux châteaufort érigé sur le castrum aujourd' hui morcelé en rares mais précieux vestiges, préférait la tranquillité bourgeoise d'une demeure depuis totalement disparue puisqu'en lieu et place s'y élève l'Hôtel de Ville, voulut sortir la cité d'une douloureuse problématique para-agricole marquée par les risques liés aux intempéries, aux guerres, aux pillages.

Contre ces maux, il donna à Gardanne les mêmes moyens et privilèges qu'Aix-en-Provence. Si elle met en scène de profonds bouleversements, la suite n'est pas marquée par de grandes périodes de récession.Au contraire, l'exploitation anarchique du "charbon de terre",au 17e siècle,entame une nouvelle ère de prospérité revitalisée au 19e par l'ingéniosité du Luxembourgeois Ernest Biver, directeur des Charbonnages des Bouches-du-Rhône acharné à développer cette activité.Le 20e siècle verra pousser un site majeur de traitement de la bauxite propriété du groupe Péchiney. Son maintien en activité paraîtrait aujourd'hui aléatoire...


PRATIQUE - Comment Y aller ?

Gardanne se rallie depuis Aix-en- Provence par Luynes et Valabre ; au départ de Marseille par l'autoroute et la voie rapide que l'on emprunte après Plan-de-Campagne, par les contreforts de la Chaîne de l'Etoile, sous Mimet ou depuis Trets.