Saint-Mitre les Remparts

De Massane à Figuerolles dans la douceur du rivage

Un sentier côtier remarquablement aménagé... De charmantes envolées au secret des collines. Et puis ce rouge ocre éclatant sous les pas. Un ensemble spécialement apaisant...

Il y a là-haut le village avec ses remparts vieux de plus de dix siècles bien qu'un tantinet remaniés entre temps, et puis un moulin remarquablement réhabilité et entretenu, sans doute parce qu'étant le dernier survivant d'un bel ensemble qui jadis, soit pour la farine soit pour l'huile d'olive, assurait la prospérité de cette petite contrée. Il y a aussi des traces, des empreintes célèbres comme celles laissées par le poète et marin Louis Brauquier.


Avant d'embarquer sur les navires de la marine marchande où il occupait le poste d'officier radio, c'est ici, sur ce beau tombant de garrigue dévalant vers l'étang, à la Pointe de Massane, qu'il avait enfant gambadé. Visions et rêves de "pitchoun" qui seront, avec les voyages, le ferment d'un recueil fameux placé sous le titre générique "Je connais des îles lointaines". Par une extraordinaire bizarrerie géographique, grâce à l'étang de Berre et les mondes qu'il propose, les mirifiques îles lointaines sont là, à portée de pas et à force d'imagination. Partons à la découverte de leurs contours flous...

C'est ici le bout du monde...

La première des choses à faire, c'est d'aller à la rencontre du hameau de Massane en empruntant en carrosse la petite route qui le rejoint. Elle louvoie entre les pinèdes et conduit, là-bas, au ras de l'eau. C'est ici le bout du monde. Des maisons éparses... Et déjà une anse bordée d'un bar-pizzeria assez pittoresque, puis comme un sentier qui paraît filer à raser le rivage. L'impression est trompeuse car le sentier apparaît vite impraticable. C'est plutôt à main droite, au-delà d'un amoncellement de petites maisons et passée la plage d'Arthur, que démarre vraiment l'itinéraire proposant soit un aller-retour par la côte, soit une grande boucle envolée de sommets en vallons pour s'en retourner jusqu'aux fortifications de Saint-Mitre avant que de redescendre sur Massane par les pinèdes pour y retrouver avec plaisir colonies de mouettes rieuses et de canards colverts installés là. La plage d'Arthur retentit de leurs caquètements goguenards quand les premiers pas guident les curieux promeneurs vers le sud, en direction des confins de Martigues, à Figuerolles pour être précis, par le bord de l'étang.

Une calanque miniature bordée d'un tendre pré...

Bien loin de ces trépidantes installations industrielles qui ont meurtri l'étang, cette balade procure au contraire un sentiment de douceur, d'apaisement. Encore quelques maisons en surplomb et puis le franchissement d'un pan de mur...

Voilà que se dessine une petite anse, comme un lagon dans lequel dorment de frêles barques. L'aménagement récent du sentier est sobre mais efficace. La voie apparaît large. Audessus d'un ruisseau quelques solides madriers serrés les uns contre les autres... Dans l'incliné d'une petite côte, de sommaires marches mâtinées de grosses traverses de bois... Plus loin, aux abords d'une calanque miniature bordée d'un tendre pré, des rambardes en surplomb de l'eau artistiquement fabriquées de branchages... Des enjambées plus avant, dans la seule grande élévation du parcours, avec une envolée à près de cent cinquante mètres d'altitude, des lacets bien serrés, remarquablement calculés pour éviter le piège parfois désagréable du raidillon... Voilà quelques exemples significatifs d'installations aptes à faciliter le pas du promeneur privilégiant la contemplation tranquille.

Un rivage longiligne blanchi de millions de coquillages

La marche est bien entamée et l'on découvre avec satisfaction qu'il ne s'agit là que d'une portion, certes costaude, d'un ensemble encore plus vaste. Un panneau le signale abruptement, indiquant des temps de parcours : Martigues par l'itinéraire en balcons filant sur Figuerolles, à 2h45, et Istres, soit à l'inverse et à rebrousse chemin avant que de repartir de l'autre côté de Massane, à 2h50. C'est à dire qu'il existe des sentiers aménagés sur une bonne partie des rivages ouest de l'étang de Berre. En attendant, filons sur Figuerolles dans cette terre argileuse d'un rouge-ocre éclatant. Voilà que l'on parvient au bout de la colline après avoir louvoyé dans la pinède. Le sommet s'attaque droit devant, au croisement du sentier avec deux pistes. Remarquable vue de là-haut... De l'autre côté, la descente serpente entre pins, cistes, chênes kermès, argelas, oliviers sauvages et plantes aromatiques.

Elle s'en vient retrouver les abords de Figuerolles où s'étalent de grands champs semblant épouser un rivage longiligne blanchi de millions de coquillages échoués là au fil du temps. L'itinéraire est jalonné de petits panneaux expliquant la faune et la flore. On découvre alors la grive, l'écureuil, le perdreau, le faisan, le sanglier et encore le pin d'Alep, l'érable sycomore, le cèdre. C'est enfin à Figuerolles que s'opère le grand choix stratégique : soit remonter sur Saint-Mitre par les collines en dépassant la ruine pour emprunter les pistes, croiser une route en louvoyant de crêtes en vallons tout en suivant l'itinéraire tracé de jaune, soit retourner sur ses pas et rentrer à Massane par le chemin le plus court. À chacun son choix : question de temps et de jambes...

Paul Teisseire

PRATIQUE - Comment Y aller ?

Quitter la voie rapide qui relie Martigues à Istres en empruntant l'une des sorties menant à Saint-Mitre les Remparts. Massane se trouve sous le village, au bout d'une petite route bien signalée.