Serge Assier : L'obstination de la beauté

Nous poursuivons notre découverte des photographes du territoire avec Serge Assier, dont le travail sur l’humain et sa collaboration avec les plus grands auteurs français en font un artiste incontournable

Serge Assier n’étanche jamais sa soif de beauté.  Il traverse le monde et son temps, avec le regard neuf de l’amoureux de la découverte et des rencontres. à 71 ans, après avoir réalisé, avec une détermination incroyable, 27 expositions, l’homme aux mille vies ne ralentit jamais. Il poursuit sa quête de liberté, son parcours exceptionnel auprès des plus grands auteurs du XXe siècle. Oui, celui qui est né dans une famille modeste d’Oppède-le-Vieux, dans le Lubéron, a puisé son inspiration chez René Char, Michel Butor ou encore Fernando Arrabal, pour ne citer qu’eux.Tous sont devenus ses amis. Ont accepté d’écrire des textes pour accompagner ses clichés. Rien ne prédestinait ce parcours hors du commun. Rien, sauf l’incroyable obstination d’un anticonformiste. “Je suis né pauvre dans un village pauvre, commence-t-il par avouer. Ce fut la première chose que la vie m’ait offerte : me pousser à rechercher, tout le temps, ces richesses que sont la beauté, la poésie, l’écriture et la photographie.”

Comme la Baleine

Serge Assier avale la vie comme la baleine ingurgite le plancton. Il se nourrit et apprend en permanence. Change de métier, au gré des hasards et des chemins. à 14 ans, il commence sa vie comme berger, puis devient garagiste, chauffeur de taxi, à Marseille. Son tempérament de feu, son désir de se rapprocher au plus près de la vie, de la société, des autres, le poussent vers le photo-journalisme, pour l’agence Gamma, pour La Provence. L’amour pour l’image ne le lâchera plus. Il signe les clichés les plus célèbres, tant à Cannes, où il devient un photographe en vue au Festival du film ou dans le monde du crime marseillais et la funeste épopée de la French Connection. Sa photo du juge Michel mort assassiné sur un trottoir du boulevard Michelet, en 1981, fera le tour du monde.

Depuis 35 ans à Arles

C’est en se rapprochant de la littérature qu’il réalisera ses plus belles images, de Venise à Shanghaï, en passant par Berlin ou Rabat, mais aussi à Marseille, à l’Estaque ou aux Goudes, dont il sait se saisir de la lumière et de l’émotion si particulières.  Ces témoignages du vivant, il les rapporte chaque année aux Rencontres photographiques d’Arles, dont il n’a raté aucune édition depuis 35 ans. Cet été encore, il propose un travail renouvelé, en mettant en scène ses plus beaux portraits d’écrivains. 65 au total, qui ont construit sa vie et son personnage, comme Duras, Yourcenar ou Charles-Roux. “S’il n’avait pas été photographe, Serge aurait été écrivain, poète, soutient Laurence Kucera, son amie professeur de lettres. La photo est pour lui un moyen détourné d’exprimer ce qui ne peut être dit, à l’écrit, comme il le voudrait.”

“Je prefère aller me néguer”

Après son entrée au Who’s Who, après avoir confié ses clichés à la Bibliothèque nationale de France, au Centre Pompidou ou à l’International center of photography, à New-York, que peut encore espérer Serge Assier ? Rien d’autre que de poursuivre et d’améliorer son œuvre. “Si je ne crée pas, si ne fais pas des rencontres, si ne travaille pas avec de nouveaux écrivains, je meurs, confie-t-il. Je préfère encore aller me néguer dans la mer, avec un fond de Ricard, quand même !”

 

Serge Assier