Un partenariat prestigieux avec le Vatican

Une première : le Département des Bouches-du-Rhône signe à Rome un partenariat exceptionnel avec le Vatican autour de leurs musées respectifs.

Pourquoi ce partenariat ?

Ce partenariat, qui rapproche le Musée Départemental Arles Antique et les musées du Vatican, a plusieurs objectifs :

VALORISER la richesse du patrimoine départemental et la rendre accessible au plus grand nombre.

FAVORISER les contacts entre spécialistes grâce à l’expertise en matière de restauration d’œuvres, la réalisation de colloques et réunions scientifiques et leur aboutissement logique avec la réalisation de publications.

DÉVELOPPER des actions culturelles, pédagogiques et médiatiques.

Ce partenariat s'inscrit dans une Politique de Relations Extérieures de la collectivité visant à favoriser son rayonnement à l’étranger au travers de missions officielles et d’actions de coopération afin d’enrichir ses savoir-faire et son expertise, mais également de pouvoir les transférer à d’autres collectivités, à d’autres opérateurs.

Entre Arles et Rome, des contacts très anciens

Notre belle petite cité provençale va en effet entretenir au long de son histoire antique une relation spéciale avec l’Urbs, au point qu’au IVe siècle le grand poète Ausone qualifiera Arles de Gallula Roma, la petite Rome des Gaules. 

Ces liens privilégiés commencent dès l’époque des guerres civiles, moment où Jules César fait construire en 49 av. J.-C. dans les chantiers navals d’Arles, douze bateaux de guerre qui lui sont livrés dans le temps extraordinairement bref d’un mois, d’après les sources. Après sa victoire, César confisque les biens de Marseille et en attribue les terres à la toute nouvelle colonie d’Arelate, (sans doute en 45 av. J.-C.). Cette création administrative appelée « déduction » (installation d’une colonie sur un territoire conquis) permettait de récompenser les Arlésiens qui avaient fait le « bon choix », tout en châtiant les Marseillais favorables à Pompée.

Elle était aussi, comme le souligne le chercheur Pierre Gros, une solution pratique à un problème majeur de César à la fin des guerres civiles, celui de la démobilisation de ses fidèles soldats. C’est donc en partie pour leur donner des terres qu’il installa les vétérans de la VIe légion dans la nouvelle colonie, et procéda à une cadastration et à une mise en culture des terres de ce territoire exceptionnellement vaste.
La colonie nouvellement fondée jouissait du très envié statut de droit romain, synonyme d’avantages commerciaux et juridiques, alors que les cités voisines (comme Avignon, Aix ou Nîmes) répondait au droit latin moins favorable.
En raison des troubles liés à l’assassinat de César en mars 44 av. J.-C., peu de temps après la fondation, c’est seulement sous son fils adoptif Octave (devenu Auguste en 27 av. J.-C.) qu’ont débuté les travaux de la nouvelle colonie, baptisée Colonia Julia Paterna Arelate Sextanorum. Avec le théâtre et le forum aux décors marmoréens très précoces pour la Gaule, on comprend le souci qu’avait le pouvoir en place de faire d’Arles une vitrine de la romanisation.

Il n’est pas innocent non plus qu’Arles conserve la seule copie du bouclier votif offert à Auguste par le Sénat et le peuple romain, hommage solennel décerné à ses vertus civiques. L’original, sans doute en bronze doré, était exposé dans la Curie romaine tandis que celui d’Arles, érigé en 26 av. J.-C., ornait le forum. Sa présence est parfois liée à la venue d’Auguste à Arles, ce qui n’est pas sûr, mais elle donne un signe rare des liens politiques liant la petite Rome à la grande.
La suite est plus conforme à ce que l’on connaît dans d’autres cités gauloises avec la parure urbaine qui se complète de thermes, d’un cirque, de quartiers périphériques et de nécropoles… L’essor de la ville et de ses habitants dure au moins jusqu’au milieu du IIIe siècle, avant des destructions massives, parfois violentes, dont l’interprétation demeure délicate et qui peuvent être datées des années 260 - 275.
Ces événements, quelles qu’en soient les causes, n’ont cependant pas longtemps affecté Arles, qui renoue avec Rome une relation privilégiée. Dès le début du IVe siècle, elle tient une place décisive dans la géopolitique de l’empire comme on peut le voir à la lecture des articles qui composent ce catalogue. Pour l’histoire chrétienne, la prospérité économique de la ville et son importance trouvent un éclatant témoignage avec la profusion et la qualité des sarcophages paléochrétiens découverts dans le sol arlésien, datables du troisième quart du IVe siècle. Le grand savant F. Benoit, pensait que cette floraison pouvait s’expliquer par le rôle politique joué par la cité rhodanienne à partir de Constantin.

Deux nécropoles chrétiennes étaient fondées à Arles, l’une sur le lieu du martyre de saint Genest, au faubourg de Trinquetaille, l’autre à l’emplacement de sa sépulture, aux Alyscamps. C’est de ces deux nécropoles, la seconde plus riche que la première, que proviennent les sarcophages chrétiens conservés au musée d’Arles. La plastique de ces sarcophages est essentiellement romaine, les plus anciens ayant été importés depuis les ateliers de l’Urbs et datant de l’époque constantinienne (313-337).
Cette prééminence et cette prospérité vont pousser les évêques arlésiens à revendiquer une autonomie vis-à-vis des cités voisines, qu’il s’agisse de Marseille ou de Vienne. Tout au long du Ve siècle, des évêques comme Hilaire ou Ravennius ont, avec plus ou moins de succès, lutté pour l’obtenir. La suprématie de l’Église arlésienne ne sera acquise cependant qu’en 513, quand l’évêque Césaire (502-542) reçoit, de la main du pape Symmaque, le pallium symbolique et le titre de vicaire pontifical : c’est tout l’objet de cette exposition.

Un Partenariat fructueux

Ce sont ces liens, si étroits et si anciens, qui vont amener le musée du Vatican (plus exactement son département d’art chrétien, le Museo Pio Cristiano) et le musée départemental Arles antique, à souhaiter faire dialoguer leurs collections grâce à une convention de partenariat. Les deux établissements se proposent à travers elle de favoriser des actions diverses. Tout d’abord les prêts croisés d’oeuvres, tant leur proximité est grande : pour la première fois depuis l’Antiquité des sculptures funéraires issues du même atelier pourront être étudiées par les spécialistes côte à côte et admirées par le public.

Il s’agit aussi de favoriser les contacts entre spécialistes grâce à l’expertise en matière de restauration d’oeuvres, la réalisation de colloques et réunions scientifiques et leur aboutissement logique avec la réalisation de publications.
Les publics ne seront pas oubliés avec le développement d’actions culturelles, pédagogiques et médiatiques : la complémentarité est bienvenue entre un musée de capitale, recevant six millions de visiteurs, et un musée de province à la fréquentation moindre mais à l’expertise reconnue.
Enfin cette collaboration donnera lieu à l’organisation d’expositions temporaires communes ou séparées au sein des locaux du musée Pio Cristiano et de ceux du musée départemental Arles Antique.

L’ORGANISATION D’UNE EXPOSITION COMMUNE

Il a semblé aux deux équipes, dont la complicité chaleureuse croît de jour en jour, que la première exposition devrait avoir une portée symbolique. Et quel plus bel exemple pouvait en être donné avec cet hommage à Césaire d’Arles, grand humaniste, grand saint, grand savant, qui en son temps fit le voyage depuis Arles et fut distingué à Rome par le pape Symmaque et à Ravenne par le roi Théodoric…

Infos utiles

Exposition : « Dilectissimo fratri Caesario Symmachus ». Entre Arles et Rome : les reliques de saint Césaire, trésor de la Gaule paléochrétienne
Lieu : Musée Pie chrétien, Musées du Vatican
Durée : 24 mars - 25 juin 2017
Billet : gratuit et inclus dans le billet d’entrée des Musées
Horaire : comme l’horaire des Musées (de 9h.00 à 16h.00, fermeture à 18h.00)

N.B.: Entrée gratuite aux Musées du Vatican et à l’exposition le dernier dimanche du mois.
Horaire : 9h.00-14h.00, dernière entrée à 12h.30