Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Culture

Anne LOUBET : l'instinct présent

05/05/2021

Anne Loubet se définit comme une photographe de rencontres. Ses portraits, entre fiction et documentaire, nous racontent une histoire universelle, celle du besoin de l’autre essentiel à nos vies.

Généreuse, curieuse, pétillante, cette Ch’ti de naissance tombée amoureuse de Marseille il y a déjà bien longtemps, aime arpenter la ville où les saynètes de la vie quotidienne inspirent son travail de photographe. “Aujourd’hui, dans le bus, il y avait cette jeune lycéenne, toute proprette dans sa petite jupe, et à côté un ouvrier, chaussures et pantalons tâchés. Tout est là. Dans le récit de ces corps qui se retrouvent ainsi dans un espace public. Cette proximité temporaire nourrit ma curiosité et me donne envie de raconter leur histoire”, s’enthousiasme Anne Loubet.


Ses premiers clichés, ce qui l’a poussé à devenir photographe, Anne Loubet n’en dira rien. Peut-être par humilité et sans doute un brin de timidité. “J’étais plutôt portée sur l’écriture au début. Mais c’était trop laborieux pour moi, dit-elle dans un grand éclat de rire. Avec la photo, tu viens, tu vis, tu fais et c’est fini. C’est libérateur ! J’aime cette pression de l’instant, ce côté instinctif. ”

 


CE QUI M’INTÉRESSE, C’EST L’AMBIVALENCE, LE PAS DE CÔTÉ  

Une fois son diplôme de l’École nationale de la photographie d’Arles en poche, Anne Loubet s’installe dans la cité phocéenne. “ Marseille est une ville fascinante, une ville atypique où l’on est toujours en voyage ”, explique-t-elle. Sa photographie s’inscrit dans un rapport frontal aux sujets. “Je suis venue à la photo par envie d’aller vers les autres. J’ai une approche documentaire. Je ne travaille jamais avec un téléobjectif. Je veux être au plus près des personnes et pouvoir dialoguer avec elles, explique la photographe. J’aime chercher les pulsions de vie. Ce qui m’intéresse, c’est l’ambivalence, le pas de côté. ”

Et toujours cette obsession des corps. À l’image de cette série intitulée “ Marseille la mer ” qui met en scène des personnes âgées, une thématique qui lui est chère. “Je trouve ces corps magnifiques. Dans cet espace public qu’est le bord de mer, ces photos nous apprennent à nous réinventer avec nos différences ”, dit elle avec un petit air mutin qui lui va si bien.

Le corps, le sien, est aussi ce qui lui fait ressentir les émotions de ses clichés. “J’ai besoin d’engager mon corps. Avec la photo, je retrouve cette sensation que j’aime tant. J’avance, je recule. J’aime ce côté physique du métier ”, explique cette ancienne gymnaste de haut niveau.



LES ARTISTES SONT DES TÉMOINS DE PASSAGE


À travers ses portraits, qu’ils aient été pris dans les jardins ouvriers de Marseille, dans un établissement thermal de Gréoux-les-Bains ou au sein d’un groupe de danseurs, Anne Loubet nous raconte l’universel et nous fait ressentir ce besoin viscéral que nous avons des autres pour exister. Avide d’expériences nouvelles, elle a également réalisé trois films, “ des bulles de poésie ” qui permettent de raconter des histoires différemment.


Actuellement exposée au 21, bis Mirabeau dans le cadre de “ Patrimoine commun ”, la photographe a déjà le regard tourné vers l’avenir. Parmi ses nombreux projets, une série sur le désir et les couples âgés. “ Les artistes sont des témoins de passage. Inventer avec le réel, c’est ce qui fait la beauté de mon métier ”, conclut-elle.

 

Retrouvez le travail d'Anne LOUBET sur www.anneloubet.com