Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

« Comme un tsunami qui a tout arraché sur son passage »
Sécurité

« Comme un tsunami qui a tout arraché sur son passage »

18/01/2019

Trois mois après les terribles inondations qui ont dévasté des villages de l’Aude, Jean-Luc Nestiri, chef de groupe chez les forestiers-sapeurs du Département, se souvient. Pendant 10 jours, 81 agents ont fait preuve d’un courage exceptionnel.

Les circonstances façonnent souvent les hommes. Quand Jean-Luc Nestiri, chef de groupe chez les forestiers-sapeurs du Département des Bouches-du-Rhône, revient sur l’épisode dramatique des inondations dans l’Aude, en octobre dernier, il passe d’une seconde à l’autre de l’émotion à l’adrénaline. Parce qu’il est question de vies humaines, de responsabilité, d’engagement, et de vocation. 

Le 15 octobre 2018, de fortes pluies ravagent de nombreuses communes de l’Aude. La soudaineté et la violence de la montée des eaux surprennent les habitants, piégés chez eux pour beaucoup. Des vagues déferlent dans les rues des villages.

Le téléphone de Jean-Luc Nestiri vibre : il reçoit, comme les autres chefs de groupe, un texto pour partir dans l’Aube. « Nous avions 45 minutes pour répondre, contacter les hommes, avoir le feu vert de la Présidente Martine Vassal. »

Rompus aux situations d’urgence, aguerris pour intervenir sur les lieux de catastrophe naturelle, 37 agents partent très rapidement avec le matériel demandé par la Préfecture et les professionnels de la Sécurité du département meurtri. Pour arriver à la nuit dans la commune de Pomas avec 23 véhicules, une pelle à roues avec grappins, un « bull » Caterpillar D6 et un tractopelle. « Très vite s’organise une réunion pour nous fixer les missions : les ponts sont coupés, des villages sont isolés : il nous faut parfois faire 25 kilomètres au lieu de 2 pour rejoindre un endroit, se souvient Jean-Luc Nestiri. C’est très compliqué de travailler mais les gars sont motivés et se lancent même des challenges presqu’impossibles. »

« Etre au service des gens et de la nature »

De 7h à 19h, entre le 18 et le 28 octobre, deux équipes vont se relayer : au total, 81 agents vont prendre des risques, couper, déblayer, évacuer pour redonner un aspect de vie au département de l’Aude défiguré par la baisse de la crue. « Jamais je n’ai vu ça. Comme un tsunami qui a tout arraché sur son passage. Des maisons ont été traversées de part et d’autre, l’eau emportant tout sur son passage. Absolument tout, jusqu’à des hauteurs impressionnantes.» Mais il n’est pas question que de maisons, il est aussi question de vies humaines. Au total, 15 personnes ont trouvé la mort dans la tragédie. « Nous déjeunions le midi avec des rescapés. Ils nous ont raconté le drame. Comme cet homme qui a réussi à sauver sa femme entraînée par les eaux tandis qu’il tenait sa fille sur son épaule. Il a confié avoir tout perdu, sa maison, sa voiture, sauf l’essentiel. »

Jean-Luc Nestiri tient à rendre hommage à « ses » gars, qui ne sont pas venus « faire du tourisme. » Tout le monde a témoigné de « leur bravoure et de leur détermination. » Ne rien lâcher, malgré l’épuisement, et sans doute parfois la peur. « On était un peu les Marseillais, avec la réputation de dilettantisme qui nous précède parfois! Tout le monde est venu nous remercier, par exemple pour avoir déblayé un pont piéton en très peu de temps, afin de permettre le retour de la circulation au sein d’un village. »

Ces forestiers sapeurs sont des héros, discrets mais fiers : « On abandonne tout pendant 15 jours, nos familles, nos vies. On dort peu, on prend des risques. Ce qu’on aime, c’est être au service des gens et de la nature. Et parfois on est prêt à laisser sa vie pour ça. »

Jean-Luc Nestiri respire calmement, un voile passe sur son regard. Il pense aux deux jeunes pompiers de Paris qui ont perdu la vie samedi 11 janvier dernier rue Trévise. « Je ne sais pas si on est des héros. Ce que je sais, c’est que s’il faut repartir demain, on repart. »

Ch. F.-K

11 nouveaux centres de secours et un pôle logistique d’ici 2029

 

Au matin du 15 octobre 2018, alors que la catastrophe se déclenche dans l’Aude, Martine Vassal décide d’envoyer une cinquantaine de sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône pour aider les secours locaux. Le 18 octobre, ce sont les forestiers-sapeurs qui rejoignent le département pour mener les opérations de nettoyage des cours d’eau. Dans le même temps, une unité de soutien logistique aux intervenants et assurée par d’anciens pompiers est mobilisée, avec l’Union pompiers 13.Enfin, 150 jeunes sapeurs-pompiers se sont relayés sur place dans les jours qui ont suivi. « Le dévouement et l’engagement de ces agents sont exceptionnels et forcent notre admiration, a souligné la présidente du Département. Peu de nos concitoyens s’engagent comme vous le faites, parfois au péril de votre vie. » Martine Vassal et la déléguée aux Domaines départementaux, espaces naturels, chasse et pêche Corinne Chabaud se sont par ailleurs prononcées pour un plan d’équipement, d’un programme immobilier et d’un plan de recrutement en faveur du Sdis (service départemental d’incendie et de secours). Martine Vassal a annoncé en décembre dernier l’augmentation des crédits de fonctionnement du Département à 100 millions d’euros sur 10 ans : la construction de 11 nouveaux centres de secours et d’un pôle logistique et technique est planifiée.