Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes : le Département et SOS Femmes accompagnent les victimes
Solidarité

Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes : le Département et SOS Femmes accompagnent les victimes

23.11.2018

La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, dimanche 25 novembre, offre l’occasion de rappeler ce drame quotidien que de nombreuses femmes subissent.

Dans les Bouches-du-Rhône, l’association SOS Femmes, soutenue par le Département, les accompagne. Rencontre avec Charlotte, victime d’un homme violent. 

Elle porte d’abord des chaussons roses, puis de jolis escarpins noirs et gris. Timide et tendre, Charlotte, 30 ans, parle avec un débit de mitraillette. Comme si, faire sortir les mots à toute vitesse permettait d’éloigner non ses démons mais le souvenir de l’homme qui a transformé sa vie en enfer. Elle triture un petit mouchoir en papier, retient des larmes puis laisse sortir. « Mais je pleure de moins en moins souvent, vous savez. » 

Son histoire n’est ni banale, ni extraordinaire, finalement. Comme tant d’autres femmes, alors qu’elle croyait à l’amour et à la parole de l’autre, alors qu’elle avait envie d’y croire, elle est tombée sur un homme qui a piétiné ses rêves. Assommé ses désirs. Anesthésié son énergie. Maltraité une vie en construction. L’histoire commence sur un marché. Un vêtement qu’elle achète, un homme qui la suit du regard, l’aborde. Il semble gentil, « respectueux et poli. » Une relation s’installe, claire. « Je voulais une relation stable, lui aussi. Enfin, c’est ce qu’il m’a dit. » Le frère de Charlotte la prévient : « Attention, il est colérique. » Elle le sait, mais il lui présente sa famille. « Là, je me dis, c’est vraiment du sérieux. » Elle y croit encore ; lui, explique ses énormes coups de colère de plus en plus fréquents par une enfance difficile, un père violent.

Charlotte tombe enceinte. Il change. Elle cherche pourtant à comprendre. « Le cœur d’un homme, c’est dans son téléphone », exprime-t-elle presque poétiquement. Elle fouille et voit qu’il fréquente une autre fille. Et leur histoire dérape totalement dans la violence, d’abord physique, puis psychologique et verbale. Injures, humiliations, jour après jour. Elle ne comprend plus. Il frappe par les mots, puis s’excuse et pleure. Un incessant et déstabilisant boomerang qui fait perdre pied à Charlotte. Il cherche à la piéger. Intelligente, elle devine « ses plans et ses stratégies » et résiste.

Elle accouche d’un petit garçon. Et se rend compte au bout de quelques mois qu’il s’en prend à son bébé. Ce qu’elle supportait pour elle, devient intolérable pour son enfant.

Charlotte finit par rencontrer l’association SOS Femmes et part. « Les gens de SOS Femmes sont plus que ma famille. Ils n’ont pas eu besoin de preuves pour me croire. Ils m’ont apaisée. »

Charlotte vit aujourd’hui avec son bel enfant de 11 mois dans un appartement joliment décoré de 13 Habitat. Elle reprend goût aux choses simples, au calme, à l’horizon qui se dégage.

Escarpins, boucles d’oreilles, un léger maquillage : la vie revient. Mais la menace insidieuse n’est jamais loin.

C. F.-K.

Une convention entre le Département et SOS Femmes pour loger les femmes victimes

 

L’association « SOS Femmes » est en quelque sorte née d’un livre sorti au début des années 1970, dont le titre suffit à décrire ce que subissent tant et tant de femmes en France. « Crie moins fort, les voisins vont t’entendre. » Au milieu de ces grandes années de lutte féministe, des Marseillaises trouvent des solutions pour « sortir ces drames de l’espace privé et les amener vers l’espace public. » Amel Arvin-Berod, directrice de l’association, rappelle les chiffres qui font frémir : « 2 700 femmes, toutes du département, ont été accueillies en 2017 dans nos locaux parce que victimes de violences conjugales. Ces femmes sont issues de tous les milieux sociaux, depuis des professions libérales jusqu’à des femmes en situation précaire. Ce sont plus de 5 500 enfants qui sont concernés par ces violences. »

 

Le Département des Bouches-du-Rhône a choisi d’affronter le problème de façon volontariste, en signant une convention avec 13 Habitat et l’association : des logements sont dédiés à l’accueil de femmes et de leurs enfants, au sein du parc de 13 Habitat. SOS Femmes se charge de régler la location du logement, ainsi que l’ameublement et la décoration. « En France, contrairement à beaucoup d’autres pays, comme le Canada, la Suisse, les Etats-Unis, l’Espagne, le système amène les femmes victimes dans l’errance, en leur proposant des nuits d’hôtel ou de l’hébergement d’urgence », se désole la directrice de SOS Femmes.



Ces appartements, au nombre de 5 pour l’heure à Marseille, avec très bientôt deux nouveaux appartements dans le secteur d’Istres, permettent à ces femmes, le temps nécessaire, de fuir la violence, de retrouver un peu de calme et d’entamer leur reconstruction. « Les adresses sont tenues secrètes, les logements sont situés dans des lieux proches de transports et d’équipements. »


Car se reconstruire après avoir été terrorisée à domicile est un chemin escarpé, sinueux, dangereux. « Nous les accompagnons pour toutes les démarches administratives et juridiques, mais nous tentons de les ramener vers les petits plaisirs de la vie, comme le théâtre, boire un café dehors », explique Nébil éducateur spécialisé. Pour Martine Vassal, Présidente du Département, « ce dispositif était une évidence. A l’occasion du 8 mars 2016, nous avions pris l’engagement de mettre à disposition progressive de l’association SOS femmes, 20 logements pris sur le contingent départemental d’appartements relevant de l’OPH 13 Habitat. »



« Ce projet, ajoute Sylvie Carrega, Déléguée au Logement et à l’Observatoire des discriminations, vise à offrir plus rapidement à des femmes en situation de violence intrafamiliale et ne relevant pas de CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale), des solutions plus adaptées de mise en sécurité. »

 

En savoir plus

SOS femmes : 3919 (appel gratuit)
Marseille : 04 91 24 61 50
Aix : 04 42 99 09 86
Istres : 04 42 55 46 87
www.sosfemmes.org

Infos pratiques