Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Département des Bouches-du-Rhône

Prix Départemental pour la Recherche en Provence

Dans le cadre de sa politique de soutien en faveur de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, ce prix permet de faire connaître et partager avec le plus grand nombre la richesse et l’excellence de la recherche en Provence. Il encourage et valorise les recherches tant fondamentales qu’appliquées portant sur les questions susceptibles d’influencer l’environnement scientifique, économique, social et patrimonial et qui concourent au rayonnement et à l’attractivité de notre territoire.

Le Prix Départemental pour la Recherche en Provence a pour objectifs :

  • D'affirmer le Conseil Départemental comme un soutien important de la recherche en Provence
  • De favoriser le partage des avancées scientifiques locales auprès du grand public
  • De mettre à l’honneur la communauté de recherche scientifique
  • De valoriser la recherche à l’échelle locale
  • De récompenser les talents scientifiques de notre département
  • De fédérer les scientifiques des Bouches-du-Rhône
  • De favoriser l’échange au sein de la communauté scientifique

Pour l’édition 2018, 44 dossiers de candidatures ont été déposés dans lesquels les candidats ont exposé un résumé de leurs travaux et leurs motivations.

La sélection des lauréats a été réalisée par un jury de 14 personnes présidé par Véronique Miquelly, Conseillère départementale, Déléguée à l’enseignement supérieur et à la recherche, et composé des principaux acteurs de la recherche présents sur le territoire (Université, CNRS, INSERM, IRD, IEP, CEA, DRRT…) et qui s’est réuni à l’Hôtel du Département le 15 octobre 2018. Le choix des lauréats s’est appuyé sur des critères tels que le caractère novateur des recherches, la notoriété scientifique, l’intérêt sociétal et économique et la qualité de la vulgarisation.

Au terme des débats, le choix s’est porté sur neuf « nominés ».

Trois dans chaque catégorie, soit :

  • Grand Prix (récompense des travaux remarquables), 
  • Jeune Chercheur (chercheur de moins de 40 ans) et 
  • Prix Spécial (coup de cœur du jury).

Le jeudi 29 novembre 2018 s’est tenue une cérémonie de remise des Prix dévoilant les vainqueurs dans chaque catégorie.

  • Le Grand Prix est remis à Viktor JIRSA, Directeur de l’Institut de Neuroscience des Systèmes à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale.
  • Le Prix Jeune Chercheur est remis à David Zarzoso, Chargé de recherche au Laboratoire de Physique des Interactions Ioniques et Moléculaires, au Centre National de la Recherche Scientifique, pour ses théories à propos des particules énergétiques.
  • Le Prix Spécial est remis à Frédéric Rouvière, Professeur des Universités, Directeur du Laboratoire de Théorie du Droit à l’Université d’Aix-Marseille, pour ses travaux sur la justice prédictive.

 

Nous les félicitons !

Cette cérémonie était précédée par une conférence-débat animée par le Professeur Magali DELEUIL du Laboratoire d’Astrophysique de Marseille sur le thème des exoplanètes et intitulée « La vie ailleurs, quelle réalité ? ».

Les récompenses, un « Grand Prix » d’un montant de 5 000 €, un « Prix Jeune Chercheur » d’un montant de 3 000 € et un « Prix Spécial du Jury » d’un montant de 2 000 €, prennent la forme d’une aide aux structures auxquels sont rattachés les chercheurs ou équipes.

Présentation des nominés

2016 :

Nominés Grand Prix

1. Julien Favier – Mécanique des Fluides / Simulations numériques de la dynamique des structures immergées dans des écoulements de fluides avec de larges champs d’application dans les secteurs du transport, de l’énergie et de la santé.
Grâce à l'arrivée à maturité d'un certain nombre de méthodes numériques, la modélisation de configurations présentant cette richesse de comportements physiques couplés est maintenant possible, rendant ainsi envisageable la simulation numérique de problèmes considérés jusqu'à présent comme hors de portée, dont on peut retenir deux exemples représentatifs :
- La simulation numérique de l'influence d'un revêtement de paroi aéronautique directement inspiré de plumage d'oiseaux sur une aile d'avion, capable d'améliorer ses performances aérodynamiques et donc de diminuer les dépenses de carburant.
- Le développement d'outils numériques d’aide au diagnostic médical fiables dans des conditions d’écoulements biologiques se rapprochant de celles rencontrées dans le corps humain. Cette activité a été centrée jusqu'ici sur le battement ciliaire pour transporter le mucus dans les bronches humaines. Le but de cet outil est de progresser dans la compréhension de maladies respiratoires chroniques comme l'asthme sévère, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou la mucoviscidose, mais trouve aussi des résonnances avec de nombreuses autres problématiques médicales dans le corps humain (battement ciliaire dans le liquide céphalo-rachidien, intestins, etc.). Cette action s’inscrit dans le cadre d’une politique de site sur Marseille favorisant le développement d’approches interdisciplinaires entre les différents secteurs de l’Université et l'AP-HM.

2. Manoël Pénicaud – Anthropologie et étude comparative des sociétés contemporaines / Recherches autour de la problématique de l’altérité et des frontières religieuses, abordée sous l’angle de la coexistence et de l’hospitalité.
Les recherches conduites au sein de l’IDEMEC (CNRS-AMU) s’articulent autour de la problématique de l’altérité et des frontières religieuses, abordée sous l’angle de la coexistence et de l’hospitalité. Comment l’“autre religieux” est-il accueilli dans certains lieux et/ou contextes en Méditerranée ?
A l’encontre de certaines idées reçues qui érigent les systèmes religieux en blocs monolithiques et étanches, ces travaux démontrent qu’il existe encore – au niveau de la pratique religieuse et non pas des dogmes – une large palette d’interactions possibles. Sur le terrain, on constate une certaine porosité dans les comportements religieux, notamment dans l’acte du pèlerinage vers des sanctuaires fréquentés par des fidèles de religions différentes.
Cet objet de recherche a donné lieu à l’exposition “Lieux saints partagés” présentée au MuCEM en 2015. Fruit d’un processus de valorisation scientifique, cette exposition a rassemblé 121 161 visiteurs en 4 mois. A la suite de ce succès, elle a été présentée au Musée du Bardo à Tunis dès l’automne 2016, puis en 2017-2018 à Thessalonique, Istanbul, Paris, New York…

3. Julien Duboisset – Optique / mise au point d’une technique d’imagerie qui permet, en plus de détecter les molécules, de déterminer leur organisation, grâce à la manière dont elles vibrent.
La composition chimique d’un échantillon ne représente qu’une partie du tableau, l’organisation des molécules en son sein recèle aussi de précieux renseignements. L’institut Fresnel a mis au point une technique d’imagerie qui permet de déterminer l’organisation des molécules, grâce à la manière dont elles vibrent. Elle cible précisément les différentes liaisons entre atomes et, dans le cadre médical, dévoile des perturbations d’origine pathologique.
La technique n’est pas destructrice pour l’échantillon et l’imagerie est instantanée, ce qui pourrait en faire un outil fiable et rapide de diagnostic. Cette méthode permet, par exemple, d’observer la désorganisation de la gaine de myéline dans les cas de scléroses ou de leucodystrophies.

Nominés Prix Spécial

1. Sandrine Henri – Immunologie / Développement d’une approche innovante permettant, après microporation de la peau par un laser, de délivrer un vaccin directement sur la population de cellules dendritiques, sentinelles du système immunitaire.

Les cellules dendritiques (DCs) sont les sentinelles de notre système immunitaire. Elles ont la lourde tâche de détecter les agents pathogènes voulant pénétrer notre organisme mais aussi de donner le signal d’alarme adapté au pathogène. Ces cellules sont alors capables d’activer les lymphocytes que l’on peut considérer comme les troupes militaires de notre système immunitaire capables de débarquer sur le site d’infection et de tuer l’agent pathogène.
De par ce rôle clé dans la réponse immune, la première action d’un vaccin est de cibler les DCs afin qu’elles mettent en place une réponse immune mémoire et protectrice. La peau est notre barrière majeure contre le milieu extérieur. C’est une voie d’entrée de nombreux pathogènes.
Dans le laboratoire, l’équipe de Mme HENRI a été parmi les premières à montrer que différentes populations de DCs tapissaient la peau. En particulier, elle a découvert dans le derme une population unique qui est très faiblement représentée en nombre mais qui a un potentiel extraordinaire pour activer très spécifiquement les lymphocytes capables de tuer les agents infectieux ou les cellules cancéreuses.
Elle a prouvé que seule cette population était responsable des effets biologiques obtenus parmi lesquels la protection efficace contre le mélanome dans des protocoles à visée thérapeutique ou prophylactique. Il est à noter que cette approche innovante de vaccination visant à déposer l’antigène directement sur une population spécifique de DC du derme se pratique sans l’utilisation d’adjuvant ni aiguille.

2. Olivier Groussin - Astronomie / Etudes des noyaux cométaires : reconstruction tridimensionnelle de la forme de deux astéroïdes, mise en évidence de différentes morphologies qui façonnent la surface d’un noyau, étude de la composition d’un noyau.

Ces travaux au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille s’inscrivent dans une longue tradition de recherche sur les comètes à Marseille, avec 81 comètes découvertes à Marseille de 1801 à 1919, résultat exceptionnel.
L’équipe, qui étudie les noyaux cométaires depuis plus de 30 ans, a apporté une contribution majeure à trois instruments scientifiques de la mission Rosetta de l’Agence spatiale européenne. Tout d’abord la caméra OSIRIS-NAC conçu par l’équipe qui a fourni l’essentiel des images de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Elle a aussi élaboré le concept et assuré les développements techniques de la caméra panoramique CIVA montée sur le module PHILAE qui s’est posé sur le noyau, et du détecteur/analyseur de poussières GIADA implanté sur l’orbiteur. L’équipe s’est ensuite consacrée à l’exploitation scientifique des données acquises lors des survols des astéroïdes Steins en 2008 et Lutétia en 2010 et, depuis 2014, à la campagne d’observation in-situ de la comète 67P. Elle a réalisé la reconstruction tridimensionnelle de la forme des deux astéroïdes et du noyau de la comète 67P et déterminé leur densité. Elle a également mis en évidence les différentes morphologies qui façonnent la surface du noyau et étudié les processus de leur formation et de leur évolution. Elle a enfin participé à l’étude de la composition du noyau qui permet de remonter à une époque antérieure à la formation du système solaire.

3. Christelle Desnues – Microbiologie, virologie / Techniques de séquençage haut débit, de bio-informatique, de biologie moléculaire et cellulaire pour étudier la composition, la diversité, la dynamique et l’évolution des communautés virales associées à un hôte humain ou animal.

En 2007, Christelle Desnues a intégré l’Unité de Recherche sur les Maladies Infectieuses et Tropicales Emergentes (URMITE, CNRS/Aix-Marseille Université) d’abord en tant que post-doctorante puis comme chargée de recherche.
Au sein de ce laboratoire, elle a participé à la découverte du premier virophage, un virus infectant un autre virus.
Actuellement, elle dirige une équipe de 7 personnes qui étudie la diversité des virus présents chez l’homme, l’animal ou dans l’environnement par séquençage haut-débit et les relie à des pathologies à l’étiologie inconnue. Son équipe a par exemple décrit la présence d’un nouveau virus géant (Marseillevirus) dans le sang de donneurs, virus qui par la suite a été associé à des cas d’adénites inexpliqués chez les nourrissons, ou encore un nouveau polyomavirus impliqué dans une maladie cutanée orpheline, la maladie de Kimura.

2017 :

Nominés Grand Prix

1. Nicolas Lévy – Génétique / Travaux dans le domaine des maladies génétiques du vieillissement : découverte du gène impliqué dans la progéria, maladie caractérisée par un vieillissement prématuré et accéléré.

En 2003, l’équipe du Pr Lévy a découvert le gène impliqué dans la Progeria, maladie rarissime caractérisée par un vieillissement prématuré et accéléré dû à la production massive d’une protéine anormale (la “progérine”) ayant des effets toxiques au niveau des cellules et des organes des patients.
Depuis cette découverte, les activités de recherche se focalisent autour du développement de nouvelles preuves d’efficacité thérapeutique sur les modèles de la maladie (les cellules des patients et des lignées de souris modifiées génétiquement afin qu’elles présentent la même pathologie), pour pouvoir les appliquer chez les patients atteints de Progeria dans le cadre d’essais cliniques. Un essai thérapeutique, utilisant deux molécules permettant de réduire la toxicité de la progérine, a été mené chez 12 patients européens, à Marseille, entre 2008 et 2013, avec des effets partiellement positifs.
L’équipe a découvert récemment deux nouvelles approches permettant cette fois de réduire les quantités de progérine. L’une utilise des vecteurs de thérapie génique pouvant potentiellement être transférée plus rapidement aux patients. L’autre, dont le transfert aux patients pourrait se faire à plus long terme, possède en contrepartie un très fort potentiel de développement industriel.

2. Christophe Bernard – Neurosciences / Interfaces cerveau-machine, avec comme application à court terme une meilleure prise en charge des patients épileptiques.

De nombreuses pathologies cérébrales (épilepsie, Parkinson…) requièrent d’enregistrer et/ou de contrôler l’activité des neurones du cerveau. Les technologies actuelles sont très invasives, rigides, non compatibles avec le tissu biologique, avec des qualités d’enregistrement ou d’intervention limitées.
En collaboration avec le laboratoire de microélectronique (Ecole des Mines de Saint-Etienne à Gardanne) dirigé par le Pr Malliaras (électronique organique) et l’équipe PHYSIONET (Institut de Neurosciences des Systèmes, Inserm U1106) dirigée par Christophe Bernard (recherche en épilepsie), l’équipe de recherche a mis au point une technologie révolutionnaire, à base de microélectronique organique, qui résout tous ces problèmes. Ce projet multi et transdisciplinaire a permis la mise au point d’un transistor organique qui enregistre l’activité du cerveau avec une qualité des signaux 10 fois supérieure, et stimule l’activité des neurones de façon précise.
Il a été aussi mis au point une micropompe électronique organique qui permet de délivrer des médicaments de façon locale. Très peu invasive (20 fois plus fine qu’un cheveu) et entièrement biocompatible, elle garantit la stabilité des performances, un paramètre critique dans le cas de la stimulation profonde du cerveau (Parkinson). Cette pompe apporte une solution unique aux traitements des pathologies cérébrales. Cette technologie organique est en cours de transfert chez l’homme.

3. Daniel Birnbaum – Oncologie moléculaire / Définir l’origine du cancer, principalement du sein, au niveau moléculaire et cellulaire.

Les travaux de l'équipe ont pour but de définir l'origine du cancer, principalement du sein, au niveau moléculaire et cellulaire. L’équipe a identifié et caractérisé plusieurs nouvelles altérations géniques et précisé les caractéristiques des cellules souches du cancer du sein.
Ces travaux ont aussi pour but d'utiliser ces connaissances pour lutter contre cette maladie. Ils ont permis la mise en place d’une médecine personnalisée à l'hôpital en développant de nouvelles analyses et de nouveaux tests, ainsi que de nouveaux traitements.

Nominés Prix Spécial

1. Florence Boulc’h – Chimie / Projet interdisciplinaire sur la complémentarité de deux disciplines très distinctes, la littérature et la chimie, afin de répondre à la question de l’attribution d’un manuscrit à un atelier parisien célèbre du XVe siècle.

L’œuvre majeure de Pétrarque, De Remediis utriusque fortunae (1366), fut traduite en ancien français en 1380 par Jean Daudin sous le titre Les remèdes de l’une et l’autre fortune. Huit manuscrits de cette traduction sont connus, dont un conservé à la bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence daté d’environ 1460. Ce manuscrit a soulevé de nombreuses questions. Quelle est sa place dans la tradition manuscrite? Qui était son commanditaire ? Quel est l’atelier qui a réalisé la miniature du folio 6 ?
Afin d’apporter des réponses, un projet interdisciplinaire - littérature et chimie- a été initié en 2015, associant deux enseignantes-chercheuses de l’université d’Aix-Marseille, Valérie Gontero Lauze (langue et littérature du Moyen-Age), et Florence Boulc’h (chimie des matériaux) et deux archivistes paléographes, conservatrices de bibliothèque, Sophie Astier (bibliothèques de l’Université d’Aix-Marseille) et Aurélie Bosc (bibliothèque Méjanes).
Des analyses spectroscopiques et des études codicologiques ont révélé que le blason caché derrière la peinture rouge appartenait à Tanguy IV du Châtel, serviteur de Louis XI et l’ont identifié comme commanditaire du manuscrit. Des travaux ont caractérisé très finement la palette et les techniques de l’artiste, la nature des pigments et des colorants, sa manière de marier les couleurs. Ces premiers résultats constituent une étape déterminante pour répondre à la question de l’attribution de ce manuscrit au célèbre atelier parisien du Maître François de la fin du XVe siècle.

2. Mauro Modesti – Biochimie / Comprendre comment les protéines de la réparation des cassures double-brin de l’ADN impliquées dans les mécanismes de recombinaison analogue et de NHEJ fonctionnent au niveau moléculaire.

Les recherches ont combiné des approches de biochimie et de biologie cellulaire afin d’étudier ces mécanismes in vitro et in cellulo. De plus, elles ont utilisé une approche biophysique en “molécule unique” pour étudier par visualisation directe le comportement de ces protéines au cours de leur interaction avec des molécules d’ADN uniques. Les cassures de la double hélice d’ADN sont particulièrement dangereuses pour les cellules. Mal réparées, elles entraînent des modifications de l’information génétique et peuvent être à l’origine de maladies comme les cancers et des immunodéficiences.
Afin de révéler les aspects transitoires et dynamiques de ces mécanismes, les travaux combinent des techniques de microfluidique et de pinces optiques permettant de manipuler des molécules d’ADN uniques, avec la microscopie à fluorescence, et d’observer en temps réel ces protéines rendues fluorescentes lors de leur interaction avec le substrat d’ADN.
Les résultats permettent de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à l’apparition des cancers, donc mieux les prévenir et les détecter, et d’améliorer l’efficacité des traitements anticancéreux, en empêchant les cellules tumorales attaquées par la radiothérapie ou la chimiothérapie de réparer leur ADN lorsqu’il est endommagé.

3. Camille Escoffier – Microbiologie / Projet novateur pour le traitement des effluents phytopharmaceutiques en agriculture afin de sensibiliser la communauté agricole à la réduction de son impact environnemental.

Soutenu par le programme européen LIFE, le projet LifePhytobarre visait à faire la démonstration d’un procédé innovant et peu coûteux -le soleil et des bactéries- pour dépolluer. En collaboration avec les établissements Barre (Lot-et-Garonne), une équipe de scientifiques du CEA à Cadarache (Bouches-du-Rhône) a démontré l’efficacité d’un système de traitement des effluents phytopharmaceutiques par des bactéries photosynthétiques sélectionnées. La preuve de concept a été réalisée au sein d’une exploitation agricole de Guyenne (Clairac 47), via un pilote composé de bassins de lagunage. La station d’expérimentation arboricole La Pugère (Bouches-du-Rhône) et le pôle Arts et Lettres de l’Université d’Aix-Marseille se sont associés au projet en installant 4 démonstrateurs sur des exploitations dans la région PACA pour sensibiliser la communauté agricole à son utilisation.
L’originalité de cette démarche tient dans la complémentarité des différentes approches proposées. La première, pour démontrer l’efficacité et la facilité d’utilisation du dispositif, était biotechnologique et analytique. Les deux autres approches, sociologie et communication, avec une étude de l’acceptabilité sociétale, visent une sensibilisation à l’impact environnemental de l’utilisation de pesticides et l’implantation de nouveaux usages dans les communautés agricoles.

Nominés Prix Jeune Chercheur

1. David Grojo – Photonique / Nouvelles perspectives dans la fabrication et l’évaluation non-destructive des technologies silicium avec l’émergence de lasers infrarouges intenses.

Les lasers capables de délivrer des impulsions ultra courtes, de l’ordre de quelques millionièmes de milliardième de seconde, sont à l’origine d’avancées récentes remarquables dans les sciences et technologies. Ces lasers permettent non seulement de “photographier” les processus physiques les plus rapides de la nature, mais aussi de modifier avec une précision extrême tous types de matériaux, en vue d’applications liées à la chirurgie et aux nano/microprocédés.
Jusqu’à présent, ces applications restaient limitées aux matériaux transparents. L’objectif de ces recherches est de les rendre possibles dans de nouveaux matériaux incluant notamment le silicium, matériau de base pour les micro-technologies. En exposant la matière à des conditions laser infrarouge extrêmes, l’équipe a prouvé en 2016 que l’indice optique du silicium peut être modifié localement avec un contrôle à trois dimensions (3D) dans la matière. Cette nouvelle modalité de conception pourrait accélérer l’innovation dans le domaine de la photonique intégrée sur silicium qui est considérée comme une technologie d’avenir critique pour les applications de communications et de calculs à très haute vitesse. Ces innovations matérielles pourraient à terme conduire à des machines connectées capables de réagir en temps réel et répondre aux futures applications numériques les plus innovantes de notre vie quotidienne.

2. Sophie Gebeil – Histoire, humanités numériques / Travaux à partir d’un doctorat “La fabrique numérique des mémoires de l’immigration maghrébine sur le WEB français” (2015)

Il s’agit de la première thèse d’histoire en France fondée sur un corpus de sources principalement issues des archives du Web, de la Bibliothèque nationale de France et de l’Institut national de l’audiovisuel. Cette recherche est au croisement de plusieurs champs historiographiques (histoire des migrations, des médias, des mémoires) et se caractérise par une ouverture interdisciplinaire vers les Sciences de l’Information et de la Communication. L’étude est fondée sur treize dispositifs en ligne archivés au titre du dépôt légal du Web à partir desquels Sophie Gebeil a construit une méthodologie sociale et qualitative visant à interroger les modalités selon lesquelles ces mémoires stigmatisées étaient mises en visibilité sur la toile durant les années 2000. Elle montre la reconfiguration des mémoires de l’immigration maghrébine sur le Web durant la décennie, tant du point de vue de la scénographie que des interprétations du passé. D’une part, les acteurs mémoriels s’approprient progressivement les outils de publication en ligne pour construire des dispositifs de plus en plus pensés pour le Web : hypermédias, connectés aux réseaux socio-numériques et favorisant la participation des internautes. D’autre part, le croisement des temporalités met en exergue les reconfigurations et les résurgences à l’œuvre de 1999 à 2014 en articulant le temps court des commémorations, le temps de la décennie et le temps plus long de la médiatisation des mémoires de l’immigration maghrébine en France depuis la deuxième moitié du XXe siècle.

3. Eddy Pasquier – Oncologie / Nouvelle approche qui consiste à tester, dans une nouvelle indication thérapeutique, des médicaments dont la toxicité et le profil pharmacocinétique sont déjà connus.

La découverte d’un nouveau médicament est un processus long. En revanche, trouver de nouvelles applications à des médicaments existants comporte plusieurs avantages. Le premier est de tester des molécules dont les profils de toxicité et d’effets secondaires ont déjà été établis, permettant un transfert rapide des résultats vers les patients et une réduction considérable du temps et du coût de développement.
L’autre avantage est d’utiliser des molécules disponibles sous forme générique permettant de réduire les dépenses de santé tout en mettant au point des traitements à faible coût potentiellement applicable partout dans le monde.
Pour ces raisons, le repositionnement de médicaments est une stratégie très prometteuse pour améliorer les traitements contre le cancer. L’équipe avait déjà démontré que le propranolol, un bétabloquant utilisé pour traiter l’hypertension artérielle depuis plus de 30 ans, pouvaient augmenter l’efficacité de certains agents de chimiothérapie contre plusieurs types de cancers réfractaires.
Les retombées positives de ce premier projet ont amené à développer une stratégie plus globale : l’utilisation de plateformes robotisées permettant de tester en un temps record une grande partie des médicaments utilisés actuellement dans le monde. C’est ce que l’on appelle le repositionnement nouvelle génération. A ce jour, l’équipe a ainsi identifié une quinzaine de médicaments capables d’augmenter l’efficacité des traitements de référence contre le glioblastome, une tumeur incurable du cerveau.
Ces résultats suscitent un immense espoir pour la mise en place rapide d’essais cliniques chez ces patients.

2018

Nominés Grand Prix :

1. Viktor Jirsa - Médecine / épilepsie, cartographie du cerveau.
L'épilepsie désigne un ensemble de troubles neurologiques caractérisés par une activité électrique excessive et transitoire dans le cortex cérébral : la crise épileptique. Aujourd’hui, autour de 30 % des patients épileptiques ne répondent pas au traitement médicamenteux, la neurochirurgie qui consiste à l’exérèse chirurgicale de la zone épileptogène se présente comme le seul recours. Pour n'importe quel candidat à la chirurgie de l'épilepsie, le facteur critique dans la décision sur la stratégie de traitement est d’estimer correctement les chances de succès d’une opération chirurgicale. Cela dépend de nombreux facteurs, notamment la région du cerveau impliquée et le type de l'épilepsie.
La technologie VEP, pour Virtual Epileptic Patient, permet de mieux prendre en charge les personnes atteintes d'épilepsie pharmaco-résistante (PR) en proposant, grâce à la virtualisation, des solutions thérapeutiques individualisées et spécifiques pour chaque patient.
L’équipe a élaboré un logiciel permettant de générer un cerveau virtuel personnalisé du patient. Ce cerveau virtuel se base sur une modélisation mathématique et s’appuie sur une plateforme informatique de virtualisation qui intègre des informations issues de différentes modalités d’imagerie. Il permet de mieux identifier la zone épileptogène, et le mode de propagation des crises.

2. Annie Zavagno - Astrophysique
La formation des étoiles massives (de masse supérieure à 8 fois la masse du Soleil) est encore mal comprise. Le travail de recherche consiste à étudier les phases très précoces de la formation de ces étoiles afin de savoir comment elles se forment. La spécificité de ces travaux est de s'intéresser aux rôles que joue l'environnement dans cette formation.

3. Alain Barrat - Physique / statistiques De nombreux systèmes peuvent être représentés par des réseaux, internet, transports ou réseaux sociaux.
Ces travaux interdisciplinaires, qui concernent l’étude des réseaux, s’intéressent en particulier aux réseaux d’interactions et de contacts entre personnes qui jouent un rôle important aussi bien en sciences sociales qu’en épidémiologie des maladies infectieuses.

Pour mieux les comprendre, Alain Barrat a co-fondé en 2008 la collaboration pionnière SocioPatterns dont le but est l'étude et la caractérisation des contacts entre individus, de la mesure et de la compréhension théorique de ces réseaux temporels à des applications en épidémiologie ou sciences sociales. Pionnier de l’étude des réseaux temporels (qui varient au cours du temps), il a développé une infrastructure pour mesurer ces contacts dans différents contextes et à grande résolution, y compris dans des écoles et des hôpitaux, lieux importants en épidémiologie.
Ces recherches ont comparé les contacts dans ces différents cas, développant de nouveaux outils d’analyse théorique des réseaux temporels ainsi que des modèles simples expliquant les observations. Elles ont montré que les durées de contacts varient énormément entre individus, une caractéristique importante pour les modèles, mais que certaines propriétés statistiques sont très robustes d’un contexte à l’autre. Elles ont étudié comment améliorer les modèles de propagations de maladies infectieuses grâce à de telles données, et proposé des méthodes systématiques pour remédier aux possibles biais introduits lorsque les données sont incomplètes.

Nominés Prix Spécial :

1. Frédéric Rouvière - Droit et intelligence artificielle
Menés depuis 2010 au sein du laboratoire de théorie du droit, en partenariat avec l’entreprise web d’Eguilles, “Absolute Communication”, et en lien étroit avec des cabinets d’avocats marseillais, ces travaux sur le raisonnement juridique ont abouti à la création d’une intelligence artificielle pour les professionnels du droit appelée “Juri’predis”.

Ces travaux de recherche s’inscrivent dans le projet plus vaste de la justice prédictive qui consiste à prédire la solution donnée à un litige par un juge à partir de moyens informatiques. Cette version moderne de la boule de cristal a suscité de nombreuses levées de boucliers parmi les praticiens et les universitaires en droit.
Pourtant l’objectif est bien de remettre l’humain au centre du raisonnement juridique en le déchargeant des tâches répétitives et fastidieuses que sont le recueil et l’analyse de l’information juridique, principalement la jurisprudence. Le juriste peut ainsi se recentrer sur le cœur de son métier : la détermination du problème juridique, l’invention d’un raisonnement pertinent et le choix d’une stratégie argumentative. Juri’predis est un moteur de recherche intelligent qui imite l’indexation humaine de la jurisprudence. En cela, il procède à une pré-interprétation des données et à leur tri pour éliminer dans sa recherche les arrêts non pertinents.
Reposant sur des recherches originales de théorie du droit, ce moteur de recherche combine deux avantages opposés : la précision fine (il peut trouver le seul arrêt pertinent qui existe) et la sélection intelligente (il peut trouver tous les arrêts semblables à un autre).

2. Stéphanie Ducrot - Parole et langage

Aujourd'hui en France, on considère qu’un enfant sur cinq a des difficultés pour apprendre à lire.
Actuellement, un diagnostic est posé en moyenne 2 à 3 ans après l’apprentissage de la lecture et la majorité des outils à disposition des professionnels se centrent sur l’évaluation et la remédiation des difficultés de langage oral des enfants. Mais lire requiert aussi un traitement efficace des informations visuelles.
Les recherches de Stéphanie Ducrot proposent un repérage en amont de l’apprentissage, pour intervenir sur la trajectoire développementale de ces enfants et leur éviter les situations d’échec. Dans ce contexte, elle a mis au point un module de diagnostic automatique des troubles oculomoteurs chez l'enfant dès 5 ans. Ce module, d'une grande sensibilité, prend moins de 10 minutes et lui a permis de montrer que les enfants de maternelle qui échouaient à ce module étaient en grande difficulté pour apprendre à lire en CP, un à deux ans plus tard. Elle a également démontré son efficacité dans certaines pathologies neuro-développementales et propose un programme de rééducation en parallèle afin de personnaliser la prise en charge. Cet outil est très attendu par les institutions et les professionnels du secteur de la santé et de l'éducation qui sont dépourvus face à la forte prévalence de ces troubles chez le jeune enfant et la carence d’outils disponibles dans le domaine de la vision.

3. Julien Trincal, CEA Cadarache – Ingénierie

Les travaux de recherche portent sur la création de l'outil PERISCOP (Plateforme d'Evaluation du RISque de Crue et de surveillance OPérationelle), dédié au suivi et à la prévision du risque d'inondation par remontée de nappe pour les aquifères à cinétique rapide (type karstique ou fracturé). Sa version prototype a fait l'objet d'un dépôt de brevet par le CEA et répond à plusieurs objectifs.

Cet outil assure un suivi en temps réel des niveaux des nappes, ainsi que des conditions météorologiques en différents points du site. Il réalise des prévisions à 4 jours des niveaux de nappe en couplant un modèle pluie/niveau avec un modèle de prévisions météorologiques local. Il permet aux installations d’anticiper le risque d’inondation par remontée de nappe.
La version prototype actuelle, développée par le LMTE (Laboratoire de Modélisation des Transferts dans l'Environnement), permet de récupérer automatiquement les données météorologiques et piézométriques télétransmises à partir de différents points du site, d’importer automatiquement les prévisions météorologiques (à 4 jours) réalisées par l’outil PREVIMISTRAU développé également par le LMTE, et de simuler les niveaux de nappe à 4 jours à partir de l’ensemble des données collectées via un modèle pluie/niveau nommé MECK (Méthode d’Evaluation des Crues Karstiques) développée par le laboratoire HydroSciences Montpellier (HSM), en collaboration avec le CEA de Cadarache.

Nominés Jeune Chercheur :

1. David Zarzoso - Physique nucléaire / Physique des plasmas appliquée à la fusion nucléaire, étude des instabilités dans les plasmas de fusion abordée d’un point de vue théorique et numérique tout en gardant un lien avec les expériences.

La compréhension et le contrôle des instabilités dans les plasmas de fusion sont de la plus haute importance pour le futur projet ITER.
La recherche a pour but de montrer la faisabilité, en termes de production d’électricité, d’une nouvelle source d’énergie inépuisable, sûre et sans émissions de CO2. Ces travaux cherchent à reproduire sur Terre l’énergie des étoiles par le biais d’éléments légers (isotopes d’hydrogène) que l’on peut obtenir de l’eau. Néanmoins, plusieurs obstacles persistent.
Un plasma de fusion doit être suffisamment confiné pour pouvoir produire de l’énergie. Dans les étoiles, ceci se réalise grâce à l’énorme masse des étoiles. Pour produire une étoile sur Terre, il faut faire appel à un champ magnétique intense qui permettra de confiner les particules dans une machine appelée Tokamak.
A l’intérieur du Tokamak, les températures sont extrêmement élevées : quelques centaines de millions de degrés ! Mais lorsque l’on se rapproche de la paroi, les températures et densités du plasma doivent être réduites afin de protéger les matériaux de la machine. Ces fortes variations de température et de densité entre le centre du Tokamak et les parois génèrent des instabilités qui peuvent conduire à une perte d’énergie et de particules, provoquant le déconfinement du plasma, l’arrêt des réactions de fusion et l’endommagement des matériaux de la paroi.
Le but est donc de comprendre, prédire, contrôler et éventuellement éviter les instabilités dans les Tokamaks, du point de vue de la modélisation numérique comme de la compréhension théorique et expérimentale.

2. Noushin Mossadegh-Keller – Immunologie / champ disciplinaire à l’interface entre biologie de la fertilité et immunologie, pour comprendre certains cas d’infertilité chez les hommes et envisager de nouveaux traitement.

Noushin Mossadegh-Keller a identifié et caractérisé dans le testicule de souris de nouvelles populations de macrophages, cellules de notre système immunitaire, et les a nommés “gardiens de la fertilité” car ceux sont les seules cellules du système immunitaire autorisées à rentrer dans cet organe pour protéger les spermatozoïdes. En effet, le testicule est considéré comme un organe immuno-privilégié et, par conséquent, a cette nécessité de protéger de tous contacts les spermatozoïdes de certaines cellules immunitaires, qui pourraient induire une auto-immunité et donc l’infertilité.
Cette étude a permis de déterminer le profil de deux types de macrophages testiculaires. Le premier type, qui se trouve dans le compartiment interstitiel du testicule et nommé macrophage interstitiel, a une origine embryonnaire et est donc présent dès le début de la vie de l’individu.
Le deuxième type, nommé macrophage péritubulaire, est situé dans le compartiment tubulaire, autour des tubes séminifères qui abritent les spermatozoïdes. L’étude a mis au point une nouvelle méthode de traçage cellulaire pour suivre les macrophages péritubulaires provenant de la moelle osseuse jusque dans les testicules. Ces résultats ont montré que ce type de macrophage n’apparaissait que deux semaines après la naissance des souriceaux, soit l’équivalent de la puberté chez l’homme. Une fois établies dans les testicules, les deux populations de macrophages y restent toute leur vie afin d’assurer la protection des spermatozoïdes.

3. Christophe Ginestier - Médecine (Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, équipe "cellule souche épithéliale et cancer")

Les cellules souches cancéreuses (CSC) sont définies comme le moteur de l’activité tumorigène et seraient responsables des phénomènes de récidive et de formation de métastases. Les CSC auraient la capacité de proliférer de façon indéfinie et de générer toutes les autres cellules de la masse tumorale. Résistantes aux traitements actuels qui ciblent essentiellement des cellules en cycle, les CSC sont donc devenues “l’ennemi public N°1” de la recherche contre le cancer.
Le laboratoire a été parmi les premiers à développer des projets de recherche visant à isoler et caractériser les CSC mammaires. En collaboration avec le laboratoire du Pr Max Wicha (University of Michigan), à l’origine de la première mise en évidence de CSC mammaire, l’équipe a construit des projets innovants qui ont permis d’identifier des biomarqueurs, tel que l’aldéhyde déshydrogénase (ALDH), permettant d’isoler les CSC. Grâce à cette découverte, l’équipe a défini un nouvel outil diagnostic des CSC ALDH1-positive basé sur la détection sur lame histologique par immunomarquage et démontré sur des séries rétrospectives de tumeur du sein que la présence de cellules ALDH1-positives est directement corrélée à un mauvais pronostic.
L’utilisation de ce marqueur a permis d’étudier le rôle de ces CSC mammaires, de l’origine de la tumeur jusqu'à la formation de métastases, et de réaliser une cartographie moléculaire complète permettant l’identification de cibles thérapeutiques spécifiques de cette population cellulaire. L’inhibition de ces voies de signalisation bloque la croissance tumorale, et a réduit la survenue de rechute et de métastases. Ces résultats constituent un véritable espoir pour le traitement des patientes.

2019

Nominés Grand Prix :

1. Thierry Dutoit - Restauration écologique / approche bio-inspirée (solutions fondées sur la nature).

Face aux dégradations de l’environnement induites par l’Homme, l’écologie de la restauration des écosystèmes est une discipline scientifique en plein essor. Pour rendre les résultats de ces recherches opérationnelles, se développent donc aujourd’hui de véritables approches bio-inspirées (solutions fondées sur la nature) basées sur l’utilisation d’espèces ayant des rôles majeurs dans le fonctionnement des écosystèmes. C’est notamment le cas des fourmis.

L’objectif était de mesurer les impacts de la réimplantation de fourmis pour faciliter la restauration de la végétation et du sol à partir d’un cas concret de réhabilitation d’un site impacté par une fuite d’hydrocarbures accidentelle survenue le 7 août 2009 dans la plaine de Crau.
Ces travaux ont permis de démontrer, pour la première fois au monde, que l’on pouvait utiliser des fourmis pour accélérer la restauration du sol et la végétation de pelouses méditerranéennes suite à un accident industriel dans un cas très concret étudié dans le département des Bouches-du-Rhône.

2. Jean-Luc Boudenne - Molécules organiques (chlore)

Le chlore demeure le désinfectant chimique le plus utilisé pour lutter contre la présence de micro-organismes pathogènes dans l'eau mais également dans les aliments.

Il est utilisé pour le traitement des eaux potables, l'épuration des eaux usées, la lutte contre la formation de biofilms dans les canalisations industrielles, la limitation de la propagation de microorganismes dans les eaux de ballast, la désinfection des eaux de baignade, le nettoyage de denrées alimentaires, ...
La problématique de l'utilisation de ce composé chimique est sa réactivité avec les nombreuses molécules organiques présentes dans les milieux à traiter (qu'elles soient naturelles ou anthropiques) et la formation de sous-produits dont la nature, la toxicité et les niveaux de concentration sont encore majoritairement non connus à ce jour. L’équipe de recherche oriente ses travaux afin de répondre à ces interrogations : identification des molécules générées dans différents milieux (Golfe industriel de Fos, piscines, centres de thalassothérapie, ...), détermination des concentrations (dans l'eau, l'air, les sédiments, les oursins, les poissons, les moules), étude des mécanismes aboutissant à leur formation, étude de la toxicité sanitaire et environnementale de ces molécules.

François Bertucci - Cancer du sein

L’activité de Recherche de Transfert porte depuis des années sur la caractérisation moléculaire génomique de formes graves du cancer du sein à la recherche de nouvelles cibles pronostiques et/ou thérapeutiques.

Même s’il reste énormément de chemin à parcourir, ces études trouvent une certaine forme d’aboutissement dans la publication le 23 mai 2019 d’un article dans la prestigieuse revue “Nature”, qui établit pour la première fois le répertoire des anomalies moléculaires des cancers du sein métastatique.
Le portrait génomique du cancer du sein métastatique est plus complexe que celui du cancer du sein non métastatique et s’enrichit en altérations génomiques cliniquement pertinentes dont certaines sont ciblables par des médicaments existants ou à venir. L’identification de ces altérations de mauvais pronostic permettra une meilleure sélection des patientes candidates à des traitements en essais cliniques.
Cette étude est totalement novatrice car elle représente la première série de cancers métastatiques rapportée dans la littérature internationale. Surtout, elle ouvre la voie à l’évaluation de nouvelles thérapies ciblées dans cette forme incurable de la maladie.

Nominés Prix Spécial :

1. Sylvain Brétéché - Expérience musicale sourde

Inscrits dans une démarche musicologique profondément ancrée dans une posture interdisciplinaire, ces travaux visent à la fois la production d’observations théoriques et le développement d’applications pratiques.

Prenant pour objet d’étude l’expérience musicale sourde, qui désigne l’ensemble des relations que les sourds entretiennent avec la musique (modalités d’écoute, pratiques musiciennes et représentations), ces travaux ambitionnent de croiser des postures et des méthodes de recherche relevant tant des sciences fondamentales que de l’ingénierie et de la recherche-création, et se positionnent en ce sens à l’intersection des sciences, des arts et des techniques. Ils s’appuient sur la mise en place d’une triple investigation :
- explorer les perceptions et les représentations sourdes de la musique ;
- étudier les pratiques musicales et artistiques des sourds, et plus particulièrement les productions musicales en Langues des Signes ; - développer une interface de création musicale à destination des sourds, s’appuyant sur un dispositif technique de production multimodale et inter sensorielle (image-son) en temps réel.
La pertinence scientifique et le caractère innovant de ces travaux sur l’expérience musicale sourde reposent autant sur l’originalité de cet objet d’étude que sur l’articulation entre théories, techniques et pratiques et sur la complémentarité de leurs orientations disciplinaires.

2. Catherine Lefay - Activité antibactérienne / Résistance aux antibiotiques

Le développement de bactéries multi-résistantes aux antibiotiques est responsable de plusieurs milliers de décès par an (ex : maladies nosocomiales dans le domaine hospitalier).

Les matériaux organiques appelés polymères, ou plus communément “plastiques”, font partie intégrante de la vie quotidienne (construction, vêtements, revêtements, emballage, peinture, etc.)
Intrinsèquement antibactériens, ils seraient donc une solution de choix pour prévenir les infections, que ce soit dans les lieux publiques ou au niveau domestique.
Dans cette optique, l’équipe de Catherine Lefay a développé une méthode pour conférer une activité antibactérienne à de nombreuses familles de polymère, sans utiliser d’antibiotique ou de composé biocide, mais en y insérant des copolymères, ou macromolécules synthétiques antibactériennes, au sein de matrices de polymère.
Avec moins de 2 % en poids d’additifs dans les plastiques, ceux-ci deviennent antibactériens avec une efficacité sur les bactéries Gram+, Gram- et les bactéries multi-résistantes. En particulier, un film de polyéthylène classiquement utilisé dans l’industrie alimentaire est ainsi devenu antibactérien, c’est à dire qu’il inhibe la croissance des bactéries de type Listeria et de E. Coli Enterohemorrhagique (responsable de la maladie du Burger).
Ces résultats ont fait l’objet d’un dépôt de brevet par la SATT sud-est.

3. Iolande Viricel, Laboratoire de droit privé et sciences criminelles

La publication de l’ouvrage “Véhicule autonome : qui est responsable ?” aux éditions LexisNexis met en lumière les évolutions juridiques qui pourraient accompagner les évolutions technologiques nécessaires au déploiement des “véhicules autonomes”. En France, les premiers jalons du cadre des expérimentations ont été posés avec la loi n°2015-992 de transition énergétique du 17 août 2015 et complété très récemment par l'article 125 de la loi n°2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, dite PACTE, sur les expérimentations de véhicules autonomes, créant une nouvelle infraction pénale imputable au titulaire de l’autorisation d’expérimentation. Les expérimentations posent donc la question de la compatibilité du cadre légal avec le déploiement des “véhicules autonomes”. En cas d’accident sur le sol français, qui indemnisera la victime ? Qui sera responsable pénalement des infractions commises ? L’ouvrage dresse un bilan sur l’adéquation ou non des régimes de responsabilité actuels avec le déploiement des “véhicules autonomes” et propose une jurisprudence exhaustive et des schémas synthétiques pour visualiser les faits générateurs de responsabilité et anticiper les recours possibles.
Des propositions de réforme complètent le propos lorsqu’il apparaît que le cadre légal nécessite une évolution pour être en adéquation avec le déploiement de tels véhicules.
Une formation innovante, “Aspects juridiques des véhicules autonomes”, qui a accueilli sa première promotion en octobre 2019, délivre un socle de connaissances pour le traitement des dossiers mettant en cause un véhicule autonome. Ce Certificat d’études supérieures universitaire répond à l’émergence de nouveaux secteurs et à l’obligation de formation continue des avocats.

Nominés Jeune Chercheur :

1. Laure Ciesla - Astrophysique / étude des galaxies.

Les galaxies sont des systèmes constitués de gaz et de poussière qui forment des étoiles. Comme les systèmes vivants, les galaxies naissent, vivent, puis meurent. L’identification des mécanismes entrainant leur mort, c’est-à-dire l’arrêt de formation de nouvelles étoiles, sont au cœur de cette recherche. Ils peuvent être liés à un manque d’apport en gaz ou encore à l’activité violente d’un trou noir supermassif, par exemple. Pour pouvoir déterminer les coupables, il faut pouvoir observer directement une galaxie en train de mourir. Cela représente un vrai challenge, car tout peut se jouer sur quelques centaines de millions d’années à peine. Pour pouvoir identifier ces phénomènes très courts à l’échelle de l’univers, il faut observer beaucoup de galaxies et donc avoir une méthode rapide et efficace pour aller chercher directement l’aiguille dans la botte de foin, c’est-à-dire la galaxie en train de mourir. Pour cela il faut étudier la lumière que nous envoient les étoiles qui composent les galaxies.

2. Jérôme Laurin - Accident Vasculaire Cérébral

Les déficits moteurs et cognitifs induits par un accident vasculaire cérébral ischémique (AVC) pourraient être fortement réduits en combinant l’exercice physique avec un traitement pharmacologique délivré directement dans la zone lésée à partir d’un hydrogel injectable. Les objectifs de ces travaux sont, d’une part, de déterminer l’efficacité de l’injection d’un hydrogel dans le cerveau, contenant du riluzole ou de la bumétanide, au cours des premières semaines et, d’autre part, de renforcer ses effets thérapeutiques avec ceux d’un entraînement d’endurance intense.
L’exercice de type fractionné de haute intensité relative semble être le plus approprié, renforçant ainsi son intérêt clinique. Les mécanismes de plasticité musculaire et cérébrale en attestent car ils indiquent que cet entrainement favorise davantage l’activité synaptique et la survie neuronale. La faisabilité de l’injection de l’hydrogel dans la zone lésée ainsi que sa non-toxicité sont démontrées in vitro et de manière comportementale chez le rat. Il reste maintenant à valider son efficacité après une ischémie cérébrale.
Ces premiers résultats (exercice et hydrogel) sont très encourageants pour la prise en charge des patients AVC. L’originalité de ce travail réside dans l’association entre biologistes et chimistes offrant la possibilité d’obtenir une vision plus complète des effets des traitements sur le long terme.

3. Thomas Marissal - Schizophrénie

La schizophrénie est une maladie neuropsychiatrique qui touche environ 1 % de la population. Cette pathologie se manifeste par des altérations cognitives (par exemple, des troubles de la mémoire ou de la planification des actions), par le gain de comportements pathologiques (symptômes dits “positifs” tels que des hallucinations, une agitation extrême, etc.) ainsi que par la perte de comportements normaux (syndromes dits “négatifs ” tels qu’un isolement social, des déficits de concentration, etc.).
Aujourd’hui, les traitements, insuffisants, ne fonctionnent que chez deux tiers des patients et n’atténuent qu’une partie des symptômes. En outre, les traitements sont accompagnés d’effets secondaires parfois dangereux.
Le but de cette recherche est de déchiffrer les mécanismes de la schizophrénie afin de développer de nouvelles thérapies. Les travaux ont permis d’identifier un mécanisme impliqué dans la pathologie de la schizophrénie. En ciblant ce mécanisme déficient, ils démontrent que, bien que la schizophrénie soit une maladie d’origine développementale, il est possible de rétablir les défauts fonctionnels à n’importe quel stade de la vie.

Palmarès des vainqueurs

Année 2019

Vainqueur du Grand Prix - Thierry Dutoit

Vainqueur du Prix Jeune Chercheur - Laure Cielsa

Vainqueur du Prix spécial du Jury - Sylvain Brétéché

Année 2018

Vainqueur du Grand Prix - Viktor JIRSA

Vainqueur du Prix Jeune Chercheur - David Zarzoso

Vainqueur du Prix spécial du Jury - Frédéric Rouvière

Année 2017

Vainqueur du Grand Prix - Nicolas LEVY

Vainqueur du Grand Prix - David GROJO

Vainqueur du Grand Prix - Florence BOULC'H / Valérie G.

Année 2016

Vainqueur du Grand Prix - Christelle DESNUES

Vainqueur du Grand Prix - Julien FAVIER