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Franck Cammas "La méditérranée abrite une voile de très haut niveau"

Il est l’un des meilleurs marins de la planète. De la Route du Rhum à la Volvo Ocean Race en passant par la Transat Jacques-Vabre ou le Trophée Jules-Verne, Franck Cammas, 46 ans, a érigé dans son sillage le palmarès d’un grand champion. Natif d’Aix-en-Provence, ce surdoué de la voile partage aujourd’hui sa vie entre l’Atlantique, témoin de ses plus beaux exploits, et la Méditerranée, qui l’a vu grandir et se construire. Rencontre.

Vous avez fait le Conservatoire de piano et étudié les mathématiques. Pourtant, vous avez consacré votre vie à la mer. Comment cette passion est-elle née ?

Franck Camas : Mes parents sont professeurs et dans ma famille il n’y a pas de marin. Rien ne m prédestinait à cette carrière. Pourtant, dès le plus jeune âge, je me suis pris de passion pour la navigation grâce à mes premières lectures, à travers les récits d’Eric Tabarly notamment. J’ai commencé à embêter mes parents pour faire des stages de voile, toutes les occasions étaient bonnes pour aller m’exercer sur de petits dériveurs. Vers 19 ans, j’ai réussi le concours d’entrée de la marine marchande mais je n’ai pas continué, j’ai senti que la mer prenait de plus en plus de place dans ma vie et qu’il fallait aller dans ce sens.

Vous avez grandi au pied de Sainte-Victoire avant de partir en Bretagne. Vous restez malgré tout très attaché à la Provence et à la Méditerranée…

F. C. : Ma famille et mes enfants vivent en Provence. Je continue d’ailleurs à faire de la compétition en Méditerranée, ma dernière régate était à Toulon. C’est un environnement que je connais très bien et qui me rappelle ma jeunesse parce que j’ai commencé à naviguer à Marseille et que je suis toujours licencié à la Pointe Rouge. J’aime ces plans d’eau et j’aime le décor de la Provence, le cadre de vie est fabuleux ici et j’y suis effectivement très attaché.

La Bretagne est connue pour être une terre de voile, peut-on en dire autant de la Provence ?

F. C. : Oui, la Provence est aussi une terre de voile, mais ce sont deux types de voiles très différents. La Bretagne est réputée pour les courses en solitaire au large tandis que la Méditerranée est plus propice aux régates et à la compétition en équipage. Cela n’enlève rien au fait qu’elle abrite une voile de très haut niveau, à l’image de la base nautique du Roucas Blanc à Marseille, idéale pour l’entraînement olympique et l’accueil des JO 2024.

 

 

Justement, que vont apporter les JO 2024 à Marseille ? Peuvent-ils susciter des vocations chez les plus jeunes ?

 

F. C. : Le fait que la ville accueille les épreuves de voile olympique est un excellent coup de projecteur à l’échelle mondiale. C’est une grande chance pour Marseille. Le plan d’eau est très polyvalent, on peut avoir du vent ou au contraire une mer plate, cela va être intéressant et ouvrir le jeu. Forcément, une compétition comme les Jeux Olympiques peut emmener les jeunes à se prendre d’amour pour la voile, mais il y a par ailleurs encore beaucoup d’efforts à faire pour développer ce sport ici.

Quels efforts ?

F. C. : Déjà, il faut faire comprendre qu’à Marseille il n’y a pas que le foot. La voile scolaire y est très peu pratiquée alors que les enfants bretons y sont davantage sensibilisés. Il faut mettre plus de moyens pour susciter l’intérêt des familles et encourager les plus jeunes à se lancer.

Ce sport est extrêmement éducatif, il est aussi physique qu’intellectuel puisqu’il permet d’apprendre à connaître la mer, à préparer son bateau et l’optimiser en fonction de ses objectifs, cela nécessite donc beaucoup de rigueur. Pour réussir dans ce domaine, il faut être curieux et savoir observer son environnement. C’est une activité très formatrice car elle prône des valeurs dont on a besoin dans la vie de tous les jours. Vous avez aujourd’hui un palmarès impressionnant.

Quel est votre plus beau souvenir ?

F. C. : C’est une question à laquelle il m’est très difficile de répondre. Chaque nouvelle victoire me procure une nouvelle émotion. J’ai gagné la Route du Rhum en 2010 et c’est un souvenir extraordinaire tout comme mon premier tour du monde, une épreuve en équipage de très longue haleine où nous avons passé 9 mois tous ensemble. Finalement, chaque épreuve constitue une grosse prise de risques au départ, le défi semble parfois même démesuré mais quand on parvient à le relever les émotions sont immenses.

Vous semblez infatigable, quelle suite aimeriez-vous donner à votre carrière ?

F. C. : Pour le moment, je suis ravi d’avoir remporté un nouveau titre avec mon équipe sur le circuit du GC32 Racing Tour (catamarans volants) en 2018. Nous avons envie de naviguer dans la cour la plus grande possible et représenter la France dans les compétitions internationales. Malheureusement, faute de moyens, nous ne pourrons pas participer à la Coupe de l’America en 2021. Une équipe de Coupe c’est 70 à 80 personnes à temps plein, plus la construction des bateaux, plus l’équipe sportive, plus la logistique. Il faut réaliser un vrai mercato. L’objectif est de continuer à travailler pour la suivante en prouvant aux sponsors qu’ils peuvent s’engager. Nous nous battrons ainsi à armes égales avec les autres pays.

 

“LA MER N’EST PAS UNE POUBELLE !”

D’une richesse inestimable de par sa position géographique stratégique et sa biodiversité marine, la mer Méditerranée est aujourd’hui fortement impactée par les pollutions domestiques, pluviales, portuaires et industrielles.

“La Méditerranée est particulièrement exposée car c’est une mer fermée, entourée de pays à populations denses mais plus ou moins équipés pour le traitement des déchets. Même s’ils sont invisibles au fond de l’eau, ils détruisent peu à peu l’écosystème.

Comme tous les océans et toutes les mers du monde, on ne peut pas considérer la Méditerranée comme une poubelle !” constate amèrement Franck Cammas.

Avec l’Agenda environnemental lancé en octobre 2018, le Département et la Métropole veulent traiter cette problématique dans sa globalité. Grâce au Livre Bleu et au Contrat de baie notamment, les institutions souhaitent protéger durablement les espaces maritimes, portuaires et aquatiques.

Valorisation des filières piscicoles, développement de la thalassothermie et des nurseries à poissons, réaménagement des zones côtières dégradées ou encore déploiement de robots collecteurs de déchets dans les ports, des mesures fortes et concrètes ont été pensées pour préserver la qualité du littoral méditerranéen et de ses eaux.

Mais pour le navigateur, protéger la Méditerranée “passe aussi par la prise de conscience de chacun et l’éducation aux enjeux environnementaux. Il y a un grand intérêt à défendre la richesse marine qui nourrit et supporte une activité économique importante”.