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Manuel Chiche : la passion du cinéma et de Marseille

Patron de la société de distribution The Jokers chargée de la diffusion de “Parasite” en France, le Marseillais Manuel Chiche a reçu en février dernier le César du Meilleur film étranger au nom du réalisateur sud-coréen, Bong Joon Ho. Une récompense qu’il a dédicacée à sa ville et à l’Olympique de Marseille.

Évoquer l’OM lors de la 45e cérémonie des Césars, c’était osé. Pari, provoc ou vraie passion ?
Manuel Chiche : La soirée était sinistre et l’opportunité s’est présentée. En l’absence de Bong Joon Ho, j’étais le seul, en tant que distributeur du film “Parasite”, à pouvoir aller récupérer sur scène, le César du Meilleur film étranger qu’il venait d’obtenir. Alors, j’ai réalisé une vieille envie. La statuette dorée en main, devant un parterre très parisien, je l’ai dédicacée à “chez moi”, Marseille, à ma famille qui vit alentour, à mes potes d’enfance et aux supporters marseillais. Je me suis fait plaisir et contre toute attente, j’ai été très applaudi par le public de la salle Pleyel.

Quel est votre lien avec Marseille et la Provence ?
M. C. : Je suis né à Marseille en 1964 et j’y suis resté jusqu’à 21 ans. Je vivais dans le quartier de la Pauline dans le 9e arrondissement, juste derrière le stade Orange Vélodrome. Très jeune, j’ai été pris de passion pour cette équipe de football. Puis, je suis parti à Paris faire mes études et depuis j’y vis. Et quand on est loin de chez soi, on a besoin de quelque chose de fort qui nous relie à notre ville. Moi, c’est l’OM, et j’ai transmis cette passion à mon fils. Vous exercez un métier méconnu du grand public.

Sur quel critère choisit-on un film pour assurer sa distribution ?
M. C. : Mon job, c’est de faire que le cinéma rencontre son public. On achète les droits des films et on les amène vers le plus grand nombre de salles de cinéma, de chaînes de télévision et de plateformes vidéo pour les faire connaître. C’est le film qui fait toute la différence !

Quel a été votre rôle dans le parcours fulgurant de “Parasite” qui a remporté, entre autres, 4 Oscars, la palme d’Or à Cannes et le César du Meilleur film étranger ?
M. C. : Mon rôle est de gérer la distribution du film en France par The Jokers, la société que j’ai créée il y a 5 ans. On est le premier pays à l'avoir sorti, juste après la Corée du Sud, son pays d’origine. C’était déjà exceptionnel. Deux mois après sa sortie en version originale sous-titrée, on s’est aperçu que le public n’était pas du tout réfractaire à la VO et que le bouche-à-oreille fonctionnait bien. La version française prévue deux mois après a renforcé son succès. Ajouté à l’effet post-Oscar, et, aujourd’hui, post- César, “Parasite” connaît un parcours stratosphérique. Aujourd’hui, il dépasse 1,9 million d’entrées.

Pourquoi Bong Joon Ho vous a choisi pour diffuser son film en France ?
M. C. : Bong Joon Ho est un ami, on s’est raté sur quelques rendez-vous, notamment son précedent film “Okja”. Il m’avait promis de me réserver la distribution en France du prochain. Il l’a fait. C’est une vraie chance !

D’où vient votre attrait pour le cinéma asiatique ?
M. C. : Quand j’ai créé ma première société de distribution, Wild Side, j’ai travaillé avec le réalisateur Park Chan-Wook, sud-coréen lui aussi, pour le film “Old Boy” qui a été récompensé en 2004 par le Grand prix du jury du Festival de Cannes. Du coup, j’ai distribué tous ses films et mon histoire avec le cinéma asiatique a démarré. Puis, j’adore les sud-Coréens, ils me font penser aux Marseillais notamment dans la ville de Busan, réputée pour son port et ses plages, ça gueule à tous les coins de rue. Contrairement aux apparences, ils ont la même convivialité, le même sens de la fête que nous. Ce sont les Marseillais de l’Asie.

Aujourd’hui, vous êtes le distributeur le plus médiatisé de France. Comment vivez-vous cette expérience ?
M. C. : Je vis une expérience formidable tout en continuant mon bout de chemin. Le métier que j’exerce est fait de hauts et de bas. Il faut profiter des bons moments pour pouvoir résister aux aléas de la distribution de films. C’est comme à l’OM, un jour, vous avez 9 points d’avance, et le lendemain, vous en avez plus que 6 ! Mon métier demande d’avoir les nerfs bien accrochés mais je suis conscient de vivre une aventure et ça me plaît !

Confinement ne rimant pas avec cinéma, comment avez-vous vécu cette crise ?
M. C. : Et bien, pour la première fois, le temps s’est arrêté. Au final un moment de pause, de remise en cause de certaines choses, le retour de la patience face à l’habituelle impatience de ce métier. Nous sommes aujourd’hui de retour au bureau et verrons si cet arrêt momentané des images aura changé quelque chose. J’ai toujours trouvé que le monde allait trop vite.

Peut-on espérer vous voir, un jour, assister à un match de l’OM à l’Orange Vélodrome, à Marseille, accompagné de Bong Joon Ho ?
M. C. : Je promets à tous vos lecteurs que le jour où je ferai découvrir ma ville à Bong Joon Ho, il en a d’ailleurs très envie depuis que je lui en parle, je l’emmènerai assister à un match de l’Olympique de Marseille à l’Orange Vélodrome. Mais attention, pas en loge, dans la tribune Ganay !

Votre prochain voeu ?
M. C. : Trouver un appartement dans la cité du fada en étage élevé pour voir la mer !

PARASITE :


Un film de Bong Joon Ho, Corée du Sud (2h12)
avec Song Kang-Ho, Lee Sun-Kyun, Cho Yeo-Jeong, Choi Woo Shik, Park So-Dam, Chang Hyae Jin Toute la famille de Ki-taek (Song Kang-Ho) est au chômage. Elle s’intéresse particulièrement au train de vie de la richissime famille Park. Mais un incident se produit et les deux familles se retrouvent mêlées, sans le savoir, à une bien étrange histoire…

Parmi les prix les plus prestigieux remportés depuis sa sortie en 2019 :

  • Palme d'Or 2019 · Bong Joon Ho
  • Oscar du meilleur film 2020
  • Oscar du meilleur réalisateur 2020
  • Oscar du meilleur scénario original 2020
  • Oscar du meilleur film international 2020
  • César du meilleur film étranger 2020

Parasite est le septième film du réalisateur Bong Joon Ho, après Barking dog (2000), Memories of murder (2003), The host (2006), Mother (2009), Snowpiercer (2013) et Okja (2017).