Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

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Maxime Bouet : "petit je détestais le cyclisme"

Maxime Bouet a 33 ans et déjà neuf participations au Tour de France à son actif. Originaire de l’Ain, ce Provençal d’adoption vit désormais à Plan-de- Cuques et pose un regard lucide sur son métier, sa vie et son parcours atypique. En pleine préparation de la Grande Boucle, il est descendu de son vélo pour répondre à Accents.

Comment est née votre passion pour le vélo ?
Maxime Bouet : Quand j’étais petit, mes parents m’ont inscrit au foot. Je m’énervais souvent car je n’étais pas très bon et que je détestais perdre.
Mon entraîneur de l’époque (Laurent Domenech, frère de l’ancien sélectionneur de l’équipe de France Raymond Domenech, ndrl) a alors dit à mon père que j’avais besoin de pratiquer un sport individuel pour me canaliser. Mon père adorait le vélo, donc ça s’est fait comme ça.
Le problème c’est que petit, je détestais le cyclisme. À cette époque, on m’appelait “le petit gros” (il pèse aujourd’hui 66 kg pour 1,83 m, ndlr) et c’était très compliqué pour moi. Je participais à des courses où je terminais dernier avec deux ou trois tours de retard sur le premier. Puis j’ai commencé à grandir, à mincir, à bien m’entraîner et j’ai fini par remporter ma première course. Là, je me suis dit “Le vélo c’est sympa” parce que je venais enfin de gagner.

Et si vous n’aviez pas gagné ?
M. B. : J’aurais sûrement arrêté. Ce qui m’a toujours motivé, c’est la gagne. À 17 ans, alors que j’étais en Sport études à Saint-Étienne, je suis venu courir le Tour Paca en junior. Un bon test pour savoir si j’étais apte à devenir professionnel ou non. Lors du premier contre-la-montre, je fais un super temps. Mais à un kilomètre de l’arrivée, une voiture me bloque sans le vouloir en suivant son coureur. Je perds l’épreuve pour une seconde. À la fin de la course, le conducteur vient me voir pour s’excuser. C’était Jean-Pierre Carminati, Président du Vélo Club de La Pomme Marseille. On a sympathisé et l’année suivante j’ai signé au club.

Vous êtes originaire de l’Ain et aujourd’hui vous habitez Plan-de-Cuques. Qu’est-ce-qui vous a séduit dans le Sud ?
M. B. : Tout d’abord ma femme, Sabrina. Elle est la fille de Gilbert Cervera, ancien champion de Provence de cyclisme, mais elle n’avait pourtant jamais assisté à une course de sa vie. Un jour, pour lui faire plaisir, elle accepte de venir remettre le trophée au vainqueur du Grand Prix Jean Masse, à Marseille. C’est la première fois que nos regards se sont croisés.
Deux ans plus tard, j’ai participé aux “Trois jours de Vaucluse” et elle était là, sur le bord de la route. Ça a été le coup de foudre. Depuis, j’ai posé mes valises à Plan-de-Cuques et notre petite fille Victoire est née.
Au-delà de l’aspect personnel, j’ai la chance d’évoluer en Provence dans des conditions optimales : les routes, le relief et le climat. Ici, nous avons les trois. La seule chose qui me fait peur, c’est la cohabitation difficile avec les voitures.

Quel est le plus beau souvenir de votre carrière ?
M. B. : Il est lié à mon père qui avait l’habitude de m’emmener sur le Tour quand j’étais jeune. En l’an 2000, nous avions campé sur le Mont Ventoux, au niveau de la stèle de Tom-Simpson*. Nous étions au bord de la route pour la fameuse étape que Pantani gagne avec Armstrong.
Neuf ans plus tard, je cours mon premier Tour de France et je me retrouve dans l’échappée au Mont Ventoux lors de la dernière étape. On arrive au pied du géant de Provence avec 4 minutes d’avance. Un kilomètre avant le célèbre chalet Reynard, je me fais rattraper par Contador puis Armstrong et les frères Schleck. On pédale en file indienne et là, il y a une espèce d’euphorie, les gens nous touchent, hurlent dans nos oreilles. L’hélicoptère est au-dessus, les voitures nous suivent de près, on n’a même pas un mètre carré chacun et on roule à 30 à l’heure. On arrive à hauteur de la fameuse stèle, je suis à côté d’Armstrong et là, je passe devant mon père et ma femme. Cette fois, c’était moi. Ça a été le plus beau moment de ma carrière. Vous avez cette année une grande formation, avec notamment Naïro Quintana et Warren Barguil.

Quel est votre rôle dans cette équipe ?
M. B. : J’ai la réputation d’être un bon équipier, le couteau-suisse d’un leader. J’ai fait 15 grands Tours et à chaque fois, on a pu compter sur moi. Je peux rouler 150 bornes aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour faire gagner mon sprinter et le lendemain faire le tempo dans le Mont-Ventoux. Aujourd’hui, je voudrais être le meilleur équipier du Tour, peu importe si je suis le dernier au classement.

Le dernier ?
M. B. : Oui, on peut être dernier mais avoir fait gagner son leader. D’ailleurs, c’est fatiguant de devoir toujours s’expliquer auprès de tout le monde. Je dois presque me justifier ! Parfois, on me dit “Quand est-ce que tu gagnes une course ?”. Peu comprennent que c’est un boulot à part entière et qu’il faut être bon dans ce que l’on sait faire. Ils ne voient pas les entraînements et les milliers de kilomètres parcourus toute l’anné, surtout en février quand tu pars à 8h du matin sous la pluie. C’est comme au foot, il n’y a pas que des Messi dans une équipe.

Le cyclisme et le dopage sont toujours associés. Vous en pensez quoi ?
M. B. : Chacun fait ce qu’il veut mais moi, de toute ma carrière, je n’ai jamais triché ni pris aucun produit. Et quand j’entends “On ne peut pas faire le Tour sans être dopé” c’est tout simplement une aberration. Je vous garantis que l’on peut ! De plus, le cyclisme fait partie des sports les plus contrôlés. Je suis d’ailleurs parmi les premiers coureurs à avoir eu le passeport biologique, cela implique que je dois me géolocaliser tous les jours, dire ce que je fais et être disponible pendant une heure en cas de contrôle.

Vous parvenez à dégager du temps libre pour visiter notre département ?
M. B. : Plus de 200 jours par an, je suis à l’extérieur. Dès que j’en ai l’occasion, je me consacre à ma famille et je prendrai plus de temps pour le faire lorsque j’arrêterai le cyclisme. En tous cas, je peux vous dire que je suis un de ceux qui connaît le mieux les routes du département !

Quelle est votre plus grande fierté professionnelle ?
M. B. : C’est de regarder derrière moi et de me dire que j’ai eu le mérite d’aller jusque-là.

* Coureur cycliste mort en 1967 lors de la 13e étape du Tour de France sur les pentes du Ventoux.

PALMARÈS :

Maxime Bouet fait partie des 30 cyclistes français ayant fait le plus de “Grands Tours”

  • Tour de France : 9 participations, entre 2009 et 2020 (meilleur classement 42e)
  • Tour d’Italie : 2 participations, 2014, 2015 (meilleur classement 42e)
  • Tour d’Espagne : 2012, 2015, 2016 (meilleur classement 20e)
  • 3e au championnat de France du contre-la-montre
  • 14e de Paris-Nice
  • 19e au Tour de Suisse
  • 20e au Tour de Beijing (Chine)