Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Le Château d'Avignon en avance sur son temps

Édifié au 19e siècle entre Ventabren et Aix-en-Provence, l’aqueduc de Roquefavour est un monument exceptionnel créé pour acheminer l’eau de la Durance à Marseille. Aujourd’hui encore, de l’eau coule sur le pont.

Construit en 1740 par François Joseph d’Avignon en plein cœur de la Camargue, le château éponyme est devenu un siècle et demi plus tard un joyau avant-gardiste de technologie. Et ce, grâce à un homme qui chérissait la nouveauté : Louis Prat.

À le voir aujourd’hui, le Château d’Avignon semble comme figé dans l’histoire. Et pourtant, ce majestueux édifice a été à la pointe de la technologie à la fin du 19e siècle. C’est Louis Prat, héritier de l’apéritif Noilly-Prat et industriel marseillais qui a eu l’idée d’en faire un laboratoire.

 

ÉCOLOGISTE AVANT L’HEURE

Dès son rachat en 1893, son ambition est d’en faire un bâtiment entièrement autonome, tout simplement en utilisant la force de l’eau du petit Rhône qui coule à ses pieds. Pour arriver à ses fins, il va acheter des équipements technologiques de pointe, et en premier lieu, une pompe à eau. C’est l’ingénieur marseillais Pierre Goubert qui va créer une station des eaux, abritant un complexe hydraulique doté de techniques les plus modernes pour pomper, traiter et redistribuer l’eau vers deux destinations : agricoles et domestiques. Et alimenter un alternateur. C’est ainsi que le Château d’Avignon produira en 1900 de l’électricité alors que celle-ci n’arrive en Camargue que 20 ans plus tard. Une révolution à l’époque.

Dans le même temps, Louis Prat va récupérer une partie des machines présentées à l’exposition universelle de Paris et les transférer dans sa résidence camarguaise. Comme ce fourneau à charbon permettant plusieurs types de cuisson et disposant d’une table chauffante.

 

LE COURANT HYGIÉNISTE

Petit à petit, le Château devient un exemple de confort et une curiosité pour ses différents visiteurs comme Frédéric Mistral. Eau chaude, chauffage central, toilettes, salle de bain, laveries, Louis Prat répond ainsi au courant hygiéniste de l’époque auquel il appartient. Cette théorie apparue au milieu du 19e siècle prône une nouvelle approche de l’environnement humain, par l’amélioration de la santé et du quotidien. C’est pourquoi les domestiques ont leur propre chambre et leur salle de bain, prouvant ainsi que le bien-être social est une des préoccupations de Louis Prat.

À l’extérieur, Il développe le réseau hydraulique sur l’ensemble de ses terres viticoles, construit des dépendances pour ses ouvriers, et crée un parc paysager de 20 hectares devant le Château.
Louis Prat étant décédé sans postérité, le domaine fut légué aux enfants de sa sœur. En 1984, le Département rachète le Château d’Avignon et tout son contenu, sauvant ainsi un patrimoine camarguais exceptionnel.

 
NOILLY-PRAT, UN APÉRITIF DE STAR

C’est en 1813 que Joseph Noilly invente une formule restée secrète du vermouth Noilly, avec notamment des vins blancs de Picpoul et la Clairette du Languedoc. Trente ans plus tard, il ouvre une usine de production à Marseille et commence l’exportation de son
apéritif, notamment aux États-Unis. Son fils Louis décide en 1850 de créer les chais de vieillissement en fûts à Marseillan, à côté de l’étang de Tau, en exposant les tonneaux au soleil, près de la mer. Très vite, le “Noilly Prat Original” connait un succès fulgurant et s’exporte dans plus de 130 pays.

En 1878, il obtient même la médaille d’or à l’exposition universelle de Paris. Si on le retrouve dans la composition du cocktail préféré de James Bond, c’est une autre britannique qui l’anoblit : en 1855, Noilly Prat devient le fournisseur officiel de la reine d’Angleterre.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, la maison se diversifie et lance le Noilly Prat rouge et l’ambré. Il est aujourd’hui un apéritif servi et cuisiné dans le monde entier.

L’EAU, SOURCE DE SOLIDARITÉ

Grâce à sa pompe Dumont primée à l’exposition universelle de 1889 et pouvant débiter 700 litres à la seconde, le Château d’Avignon peut fournir en eau les milliers d’hectares de terres et de vignes qui l’entourent. Un ingénieux système de canaux va même permettre de sauver les vignes du phyloxéra.

En 1870, on découvre qu’en conjuguant la présence de sable dans le sol et l’immersion de pieds de vigne pendant six semaines, on éradique la maladie. En pompant l’eau dans le petit Rhône et en la poussant dans les canaux sur plusieurs hectares, la machine de Louis Prat va sauver des milliers de pieds de vigne. Aujourd’hui encore, la pompe est toujours en service et alimente en eau différentes propriétés trop éloignées du petit Rhône. Une gestion de l’eau solidaire propre à l’esprit Camarguais.