Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Roquefavour, le roi des acqueducs

Édifié au 19e siècle entre Ventabren et Aix-en-Provence, l’aqueduc de Roquefavour est un monument exceptionnel créé pour acheminer l’eau de la Durance à Marseille. Aujourd’hui encore, de l’eau coule sur le pont.

Si les Romains étaient encore là, sans doute qu’ils endosseraient avec fierté la paternité de l’aqueduc de Roquefavour. Inspiré du pont du Gard, il est aujourd’hui le plus grand pont aqueduc en pierre au monde. Long de près de 400 mètres, il charrie inlassablement depuis plus de 170 ans l’eau qui alimente Marseille et ses environs. Mais son histoire est loin d’avoir été un long fleuve tranquille.
 

1841, pose de la première pierre

Tout commence en 1834 et la décision de faire venir l’eau à Marseille. La rivière la plus proche étant la Durance, un projet de construction d’un canal est alors lancé.
Si l’idée est audacieuse, de nombreuses difficultés se dressent sur le passage du canal salvateur : la chaîne des Côtes, le plateau de l’Arbois ou le massif de l’Étoile. Et en 1841 la première pierre est posée. Le tracé tourmenté va alors utiliser toute l’ingénierie de l’époque pour contourner les obstacles naturels. C’est ainsi que 18 ponts-aqueducs vont être édifiés afin d’enjamber une rivière ou un fleuve. L’aqueduc de Roquefavour est sans doute l’édifice le plus remarquable de sa famille, grâce à la qualité de sa construction et à la beauté de sa finition avec ses 65 arches et ses 15 arcades.
 

Contesté puis encensé

Franz Mayor de Montricher est l’architecte retenu pour la construction du canal. Il inclut dans son projet un “pont-aqueduc” sur la commune de Ventabren pour franchir la rivière de l’Arc, conçu comme un ouvrage néo-romain. Ce “grand pont” doit faire 350 mètres de long et 51 mètres de haut, pour un coût estimé à 500 000 francs. Il en coûtera plus de 3,7 millions de francs et culminera à près de 83 mètres. Suscitant de nombreuses critiques, il faillit même laisser la place à un pont en fer ! Confié à un ingénieur suisse, William Fraisse, le chantier nécessita 7 ans de travaux, mobilisa 5 000 ouvriers dont 300 travailleurs de la pierre. Les blocs utilisés peuvent alors peser jusqu’à 15 tonnes et proviennent de deux carrières de pierre du village de Velaux. Une voie de chemin de fer de 9 kilomètres fut même créée pour les acheminer jusqu’à l’ouvrage.
Le 30 juin 1847, l’eau de la Durance franchit enfin l’Arc. L’aqueduc de Roquefavour devient alors un édifice emblématique et vaut à son concepteur de recevoir la légion d’honneur. Un symbole encore reconnu de nos jours puisque depuis 2005, il est classé aux monuments historiques.

Olivier Gaillard
Pages réalisées avec les Archives départementales

 
Le canal sauve Marseille des épidémies

Le canal de Marseille trouve sa source dans les épidémies qui ravagent la cité phocéenne en 1832. À cette époque, seul le petit fleuve Huveaune la traverse et son débit irrégulier bien trop faible, ne permet d’utiliser que 75 litres d’eau par jour et par personne. De grandes sécheresses ramenèrent ce chiffre à...1 litre par jour et par personne. En deux ans, 3 épidémies de choléra se succèdent et le maire Maximin- Dominique Consolat décide “quoiqu’il advienne et quoiqu’il en coûte” de faire venir l’eau à Marseille. Un canal va voir le jour pour acheminer l’eau de la Durance, du pont de Pertuis jusqu’au Palais Longchamp.

Le 19 novembre 1849, l’eau arrive enfin au plateau Longchamp et après 15 années de travaux de 1839 à 1854, les 80 kilomètres - dont 17 en souterrains - permettent aux plus de 360 000 Marseillais d’avoir une eau potable en quantité suffisante (370 litres par jour et par personne). Les travaux se poursuivront jusqu’en 1869 avec la création de 77 kilomètres de canalisations, et l’édification de nouveaux bassins réservoirs. Ils permettront l’accès à l’eau pour l’ensemble du territoire de Marseille, incluant les communes d’Allauch, d’Aubagne et de Plan-de-Cuques.

Une  restauration exceptionnelle

Pour son âge, il est encore jeune. Mais l’aqueduc de Roquefavour nécessite pourtant une cure de jouvence. Après des travaux d’urgence entrepris en 2008 avec des opérations de purge des arches, c’est un chantier d’envergure qui a débuté en 2020 pour préserver le bâtiment.

Portés par la Métropole, des travaux de restauration vont mettre fin aux désordres qui affectent la structure de l’édifice, permettant d’endiguer la dégradation naturelle des pierres et de protéger les tabliers des eaux de ruissellement. Un projet à 18 millions d’euros qui devrait se terminer en 2024.