Course fauve sur la Vautubière

On accède aux crêtes de la petite montagne par une passionnante traversée plein sud... Comme une rampe de lancement vers d'infinies contrées... Spatial et spécial ! Dépaysant !

Juste une impression... Cette curieuse élévation, longiligne et rebelle, le nez dressé face au mistral, les pattes minérales fichées dans le sol de Provence, le ventre aride, repu d'un soleil narquois encore mouillé des embruns de la Méditerranée, le dos rond couvert d'un épais maquis repoussant les assauts insistants de l'écume glacée des Alpes...

Juste une impression mais de plus en plus nette, de plus en plus monumentale. Affalée sur le plateau de Bèdes, la montagne dort pour l'éternité. Seule sa végétation veille. Au moindre risque, à la plus petite alerte, elle déploie son épais rideau et se ferme, gommant comme par enchantement les éparses traces jaunes du seul sentier conduisant aux crêtes... Du coup, il faut amadouer la montagne, ne pas effrayer son végétal gardien... Se rassasier du panorama, sauvage et changeant. Alors, l'impression se précise et le tapis de pierraille se déroule volontiers sous les pas du promeneur amoureux.

Des airs de Toscane

C'est depuis le plateau de Bèdes, entre Jouques et Saint-Paul lès Durance que l'on s'achemine vers la Vautubière. A plus de 600 mètres d'altitude (634 en son sommet) elle domine le Val de Durance et, plus à l'est aux confins du Var, coiffe de son autorité quelques propriétés vinicoles dont le fameux château Pigoudet.

C'est au départ du hameau de Bèdes, sur la fameuse D11 aux buissons taillés en formes multiples en hommage à un groupe de résistants tombés courageusement là, que l'on ressent l'appel de la fière élévation. La campagne ici a des airs de Toscane. Le tracé jaune ? A l'est toute, à partir du hameau, on le suit à la marque, de loin en loin, de poteau téléphonique en poteau téléphonique. Jusqu'à cette fourche où l'on se doit de glisser sur la gauche, direction La Mixte, Lingouste. La montagne est maintenant tout près. Le regard s'échappe de droite à gauche : une belle ferme, des amandiers, des oliviers dessinant un magnifique premier plan.

Clairs obscurs fantaisistes

L'oliveraie s'étire. La voie goudronnée s'enfuit à main gauche. C'est sur la droite qu'il faut demeurer, là où le chemin de terre commence à grimper tout en longeant un mur de pierres sèches. Fraîcheur d'un bois silencieux... Jeux d'ombres et de lumières cliquetantes... clairs-obscurs fantaisistes... Et puis, il y a plus que jamais la petite montagne. Ici les nobles cades côtoient les genévriers communs et, comme l'incomparable thym des rivages méditerranéens, le romarin déchire l'air de ses griffes odorantes.

Tous les canons de la beauté randonnière sont donc réunis... Jusqu'à la vue qui s'enfuit tous azimuts, déjà : au sud Sainte-Victoire derrière le repli des Ubacs, à l'ouest le Luberon et le Ventoux, au bas la Durance. Et tout à l'heure, après un ultime effort, les premiers contreforts des Alpes du Sud... Mais surtout, partout alentour, des vallons d'un vert profond d'où s'élèvent en hiver de mystérieuses fumerolles. L'heure est venue d'une longue et passionnante traversée à flanc de versant sud, sorte de pèlerinage vers le sommet. Et toujours, pas après pas, de ces pittoresques tableaux : coupes de bois, blocs tombés des falaises et roulés jusque là, cistes cotonneux, raidillon pierreux, chênes trappus, rabougris...

Retour par la Séouve

Le chemin turbulent n'en finit plus de monter. Un replat, le sommet ? Pas encore ! La Vautubière sait organiser de sympathiques fausses-joies sans lesquelles la plus spectaculaire des ascensions ne vaudrait pas d'être vécue. Enfin on y parvient, non loin d'une vigie et la vue se découvre de tous côtés. Hallucinant ! Il prend à chacun l'envie furieuse de voler au-dessus de ces paysages.

Toujours cette drôle d'impression que l'on prolongera à l'infini en gambadant un peu sur la crête, de bout en bout, au gré d'une piste charretière encore bien conservée, en sautillant parfois sur des morceaux de mâchoire calcaire. Car là haut roche et végétaux ne font plus qu'une seule entité, dense, infranchissable. Il est temps maintenant de s'en retourner vers la Vigie pour s'en retourner sagement de l'autre côté par le bois ancien appelé Séouve où, toujours marquée de jaune, la piste coule sagement jusqu'aux abords de Bèdes...

Paul Teisseire

PRATIQUE - Comment Y aller ?

On se rend au hameau de Bèdes, au pied de la Vautubière, en empruntant la D11 qui relie la petite cité de Jouques (sur la D51 à partir de la N96 ou route des Alpes) aux abords de Saint-Paul lès Durance, sur la D952.