La Ciotat

UN PORT À L’OMBRE DES FALAISES

Cité navale, berceau du cinéma… Charmes urbains… Exception géologique… À savourer…

La première chose qui frappe, ce n’est pas la mer. Et pourtant elle est là, sauvage, bondissante ou calme et accueillante. Elle sait séduire en vaguelettes, en tons feutrés, en degrades du midi jusqu’au soir. Satanée mer… Malgré elle, au-delà d’elle et bien qu’elle demeure la grande actrice du décor, c’est cet imposant quelque chose qui lui vole déloyalement la vedette car cela n’existerait pas sans elle. Il s’agit du port et de ses chantiers navals avoisinants. Les chantiers, leur histoire, leur imbrication extraordinaire dans le quotidien et même leur force par l’idée puissante qu’ils conduisent à reconnaître le lien selon lequel existent bel et bien des peuples de la terre et de la mer, comme sur les îles... La Ciotat est de ces villes qui se parlent à elles-mêmes, qui se grondent et grondent leur fierté à qui osera regarder droit dans leurs yeux verts maritimes et bleu métal. Il en ressort un poème épique, un conte surnaturel permanent, un récit qui vient des choses et s’imprime dans les hommes et femmes de la Cité autant qu’en ceux qui la visitent.

GRUES MASTODONTES…

Voilà pourquoi, à courir le quai du port, vous croiserez obligatoirement la route du musée, face à l’office de tourisme, à l’opposé géographique des chantiers mais sincèrement dans le coeur de leur histoire. Il y a là, entre autres richesses, de rares maquettes des grands bateaux qui ont été ici construits. Bateaux de commerce, ferries, paquebots, élevés sur terre jusqu’à la mer sous le sein maternel des grues mastodontes et forgés, assemblés par les hommes, jusqu’au moindre détail. On est ici au rond-point Gilles Pons, au bout du quai Ganteaume qui, avec le quai Général de Gaulle forme un délicat arc de cercle jusqu’aux sacrés chantiers désormais rebaptisés pôle nautique.

Au-delà, côté terre, c’est la vieille ville, bric-à-brac de petites ruelles où ruisselle l’histoire… Elle domine, impose son passé et destins croisés. Tel celui de ce commerçant, raconte-t-on, perclus de rhumatismes venu révolutionner le jeu de boules, qui ne se pratiquait alors qu’à “la longue”, c’est-à-dire avec trois pas pour tirer et sur un seul pied pour pointer, en proposant à ses adversaires potentiels de bien vouloir jouter les pieds tanqués (pès tanquas, en provençal). D’où le nom de pétanque. Et puis il y a les frères Lumière avec leur formidable invention : le cinématographe, semant en 1895 la panique dans la salle de l’Eden Théâtre, boulevard Clémenceau, obscurcie pour la circonstance. On y projetait l’Arrivée du Train en gare de La Ciotat et les spectateurs voyaient la machine à vapeur foncer sur leurs fauteuils. Belle ambiance pour l’époque, dans ce qu’il est convenu d’appeler le premier cinéma du monde…

BELLES PORTES…

Revenons-en à la vieille ville, celle qui étreint le port… Le maillage de ses ruelles offre un dessin coloré et, quotidiennement, un destin ensoleillé par la magie de l’architecture et de l’urbanisme méditerranéens. Deux étages pour les immeubles anciens, pas plus, et la vive lumière enflamme la plus petite des ruelles aux bonnes heures du soir et du matin, tandis que quelques places arborées donnent leur content de verdure et de fraîcheur par moment de canicule.

Depuis le port, le bon plan consiste à s’engager dans ce maquis urbain par la Montée Consulaire jouxtant la majestueuse église Notre-Dame. Après ? Tout est au choix, au gré des flâneries… Il y a tant de choses à voir ; tant à scruter selon la curiosité de chacun. Prenons par exemple la rue Pirrodi, qui derrière Notre Dame part de la place Sadi-Carnot… On y trouve au numéro 1 une sculpture d’angle représentant une tête d’Indien emplumée dont on pense qu’elle est le fruit de l’imagination d’un maçon voyageur, en rêve… Et c’est comme ça de ruelle en ruelle, avec des belles portes, des façades sculptées, des balustres, des balcons, des passages voutés…

EXOTIQUE FIGUEROLLES…

Si ce grand charme urbain excite la curiosité, La Ciotat recèle cependant d’autres trésors. Dans le berceau de la cité dorment deux petites calanques qui préfigurent le grand format de la fameuse route des Crêtes menant jusqu’à Cassis par de vertigineuses hauteurs dominées par l’à-pic du Cap Canaille. Il s’agit du Mugel et de Figuerolles. Le Mugel, dominé par un havre de paix connu sous l’appellation de Parc, se rallie au bout du port par l’avenue des Calanques.

Quant à Figuerolles, c’est depuis la rue Laperouse, au-dessus du Quai François-Mitterrand, qu’on trouve sa voie d’accès, au-dessus du hameau de Lagarde, par l’avenue Maurin et, naturellement, l’avenue de Figuerolles. Là, depuis des décennies, dans un environnement exotique marqué par une curiosité géologique nommée le poudingue (sorte de béton naturel venu du fond de l’eau et des âges), une famille originaire de Russie s’expose en “République Indépendante” délivrant passeport et, en guise de boutade, acceptant la figue (mûre de préférence) comme monnaie. Leur restaurant domine la belle petite calanque qu’une palanquée de marches sépare de l’Europe.