Sous le charme des trois grandes Calanques

AU-DELÀ DE CASSIS ET SUR LES TERRES DE MARSEILLE

On les nomme Port-Miou, Port-Pin et En-Vau... L’une fut exploitée, les autres gardent dans le coeur une poétique sauvagerie. Les trois sont emblématiques d’un univers minéral et végétal à part...

Au fin fond de Cassis, il y a Port-Miou, l’ancienne, la première belle Calanque abîmée par le pic impitoyable du carrier. On y accède par le Bestouan. Une jolie petite route longeant les élégantes propriétés de ce calme quartier retombe doucement vers la mer. À main gauche voilà un parking. 

De l’autre côté : un brin, un filin d’eau attirant, un long bras de mer avec, de part et d’autre, une terrible gamme de bateaux rythmée de croches en forme de mats, de doubles croches avec évidemment deux mats, de bémols majeurs avec des coques taillées pour la haute mer, de contre-ut avec des moteurs à voler sur les vagues, de silences avec ces petites embarcations que l’on utilise pour flâner ou pour pêcher. L’on peut alors filer ; la Calanque se longe sous les falaises rognées par la défunte exploitation de la pierre. Puis, tandis que l’enserrement des eaux offre au regard sa forme originelle, à l’embouchure de ce couloir de mer, la voie très large devient sentier, s’agrippe au flanc de colline, grimpe et s’en vient basculer sur la belle deuxième : Port-Pin.

Trou souffleur, rampes et rivière souterraine...

Mais avant que d’aller à Port-Pin, il existe une petite digression passionnante.

C’est, au bout de Port-Miou et de Port-Pin, une petite langue de terre amante des deux Calanques. On la nomme pointe Cacau (prononcer Cacaou). C’est une petite contrée riche en surprises. On y découvre des vestiges de fortin où une batterie était censée tirer pareille canonnade que nul intrus n’aurait pu pénétrer. Ce ne fut pas le cas en 1813 quand les Anglais dévastèrent la place et jetèrent les canons à “la baille” (à la mer). Cacau c’est aussi ces rampes géantes bâties en pierres de taille qui servaient à charger les tartanes, ces grosses et robustes barcasses à voile latine, d’un sommaire gravierobtenu par l’exploitation de petites carrières de surface. Ce matériau servit à l’aménagement des rues de Marseille.

Cacau c’est enfin le fameux trou souffleur, dit de Port-Pin mais franchement plus côté Port-Miou, qui offre de belles sonorités à condition que la mer y mette un peu du sien. Il n’y a cependant pas que la mer. À peine plus loin que le trou souffleur, mais résolument dans Port-Miou, une rivière d’eau douce, souterraine, provient par un trajet demeuré encore inconnu des nappes phréatiques de la Sainte-Baume, pense t-on. Un barrage souterrain a même été créé pour canaliser cette manne liquide. Et, régulièrement, des spéléonautes viennent tenter de percer le secret des eaux. Leur progression n’a jusqu’ici pas dépassé les deux kilomètres. Mais retournons sur nos pas pour continuer la visite...

À l’abri, grâce à une courbe...

A remonter vers l’élargissement de Port-Miou, on retrouve, à main gauche, le sentier qui part vers les hauteurs, bondit sous les pins et roucoule en lacets jusqu’au délice de Port-Pin, vers le territoire de la commune de Marseille.

Émerveillement ! La petite calanque est douce, hospitalière, sa plage parfume de fraîcheur l’ensemble du paysage, ses contreforts à peine pentus racontent avec pudeur, de tronc d’arbre en tronc d’arbre, l’histoire passionnante de la flore et de la géologie provençales. Et puis Port-Pin est à l’abri. Pas trop de fond et, surtout, une étonnante courbe, un virage vers l’ouest, qui l’abrite des vents et faussement lui donne un air de moyen plan d’eau. En fait c’est une reine, d’où l’on va redémarrer pour s’en aller jouir d’un splendide point de vue sur l’impératrice : En-Vau

Et puis de sacrées vues plongeantes sur En-Vau...

Nous sommes donc au bout de Port-Pin. Dans le prolongement de la calanque une piste remonte vers les hauts du massif. Sur son flanc droit lorsque l’on regarde la mer, un sentier pentu part à l’assaut du plateau. Et, à peine plus à droite, un autre sentier s’enfonce plus doucement dans un vallon. Commençons par cette lente ascension botanique, toute en senteurs.

Par rapport aux alentours, la végétation ici offre un spectacle inouï : fougères, ronciers, petits chênes kermès, cistes cotonneux sur les coteaux et une myriade de fleurs, petites mais expressives et surtout colorées tout en nuances. La progression est agréable, faite de couloirs végétaux, de sensibles coins pierreux et de points de vue intéressants à condition de se retourner. Enfin le col, où s’impose un carrefour magique. À droite vers les hauts du massif, à gauche vers le plateau pour le chemin du retour, en face vers le vallon d’En-Vau qui, forcément, éclate sur la magistrale calanque. La descente vaut le détour, mais le retour par le plateau prend ici tout son charme. Les sentiers chaloupent tous au bord de l’eau mais en surplomb impressionnant. On voit du haut la majestueuse calanque, on croise la bâtisse préservée appelée refuge du Piolet. Et l’on s’en revient sur Port-Pin pour retourner au point de départ et saluer une dernière fois l’enivrante Cacau.

Comment y aller

Cassis, ça ne se raconte pas. Entre Marseille et La Ciotat, on descend toujours surpris vers le petit port. Par contre, dans le village, il faut prendre garde de toujours suivre la direction « Les Calanques » pour arriver au départ de Port-Miou.
Il y a des sens uniques à respecter pour y arriver. Après... Adieu les ennuis de la circulation...