Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Sports

À la force des bras

27/04/2021

Chaque année, le Département soutient des sportifs de haut niveau grâce à un dispositif de bourses. Dans la perspective des Jeux Olympiques de Paris en 2024, nous faisons le portrait de ces Provençaux qui partent à conquête des médailles.

Son bureau, c’est la mer. Son outil de travail, un bateau et deux rames. Son moteur, braver la sclérose en plaques dont elle souffre. Cet été, Nathalie Benoit participera à ses deuxièmes Jeux Paralympiques, à Tokyo, après ceux de Londres en 2012 où elle a brillé en argent. Pour peut-être se parer d’or.

 

Il ne pouvait y avoir plus bel écrin que cette entrée du Vieux-Port face au Fort Saint-Jean, pour rencontrer la pépite du para-aviron. Nathalie Benoit, championne d'Europe en 2020 en catégorie PR1, nous a donné rendez-vous sur son terrain de jeu favori qu’est la mer. C’est notamment ici, au Rowing-club de Marseille qu’elle prépare les Jeux Paralympiques de Tokyo pour lesquels elle est qualifiée. “ Quand je pense à ces JO à huis-clos, j’ai un pincement au cœur. On ne pourra pas croiser les athlètes, ni sortir du village. Le contact avec les autres, ça va manquer ”.

 

DU PENTATHLON À L’AVIRON

Nathalie a toujours baigné dans le sport. Un héritage sans doute transmis par ses deux parents professeurs d’EPS. Et c’est tout naturellement que la native d’Aix-en-Provence se retrouve à 18 ans en pôle espoir au Creps*, en pentathlon moderne, avec une folle envie de croquer des médailles. Mais tout va basculer après un cours d’anatomie. “ Je montais les marches à la fac et je me souviens avoir perdu l’équilibre, le sol passait au plafond, je n’arrivais plus à me lever. Arrivée à l’hôpital, la moitié du corps à droite était plus faible qu’à gauche. C’était les premiers signes ”. Après avoir pensé à un AVC, ce n’est que bien plus tard qu’on lui détectera une sclérose en plaques.

 

 

“SOIT ON PROFITE, SOIT ON SE FREINE”

Qu’à cela ne tienne, le handicap n’aura pas raison d’elle. “Dès l’annonce de ma maladie, je me suis dit que le seul choix c’est : soit on profite, soit on se freine”. En 2005, elle se lance dans le handibasket et tutoie un temps l’équipe de France. Mais l’appel de l'extérieur et l'envie d’abandonner son fauteuil sont plus forts. Elle délaisse les parquets pour la belle bleue et se lance dans l’aviron. Un paradoxe car ce sport trouve sa propulsion pour 70 % dans les jambes qui n'ont plus la même motricité. Tout se fera donc à la force des bras. “Dans ma catégorie, les jambes sont attachées et nous sommes sanglées au siège. D’où l’importance d’un entraînement poussé, notamment en musculation”. Deux entraînements par jour, 6 jours sur 7, et une volonté hors du commun, vont la pousser jusqu’à la médaille d’argent aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 et au titre de championne d’Europe en 2020.

 

“IL FAUT ADAPTER LE QUOTIDIEN AUX PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP”

Pour préparer les épreuves de Tokyo, elle a mis entre parenthèses son poste d’institutrice au Cned** et remplacé les copies à corriger par les devoirs sur l’eau. Car en dépit de l’absence de public, elle compte bien être au rendez-vous des Jeux, même si participer à la compétition n’est pour elle pas une sinécure. “ Je vis très mal les épreuves, j’en suis malade physiquement, jusqu’à en vomir. Mais plutôt que de lutter contre ça, j’essaie de l’accepter et de l’intégrer ”. L’intégration, voilà un autre combat qu’elle mène au quotidien. “ C’est souvent compliqué pour une personne en fauteuil d'affronter les transports en commun non adaptés, les trottoirs envahis par les scooters. Du coup, on sort moins et on s’isole.

 

Tokyo n’est pas encore passé que se profile déjà l’horizon 2024 et des Jeux forcément pas comme les autres. “ Tout dépendra de mon évolution physique et de mon état de santé. C’est sûr que ce serait un rêve. Mais c’est encore loin ”. Pour l’heure, son épouvantail est une Norvégienne qui rafle tous les titres de sa catégorie et qu’elle voit comme favorite. “ Je vais me battre pour le titre car il y a du monde derrière moi : mon entourage, la fédération d’aviron, mais ça va être dur ”. À l’écart, Laurence Manfredi, ancienne championne d’athlétisme, qui l’entraîne, a un sourire en coin. “ Elle n’y croit pas mais la réalité c’est qu’elle a toutes les chances d’avoir la plus belle des médailles ”. En or bien sûr. Quoi de plus naturel pour une pépite.

 

* Centre de ressources, d'expertises et de performances sportives

** Centre national d’enseignement à distance