Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Education

Des collégiens au cœur d’une expérience unique

07/06/2021

C’est une expérience dont ils se souviendront toute leur vie. A l’initiative du Département, une classe de 4ème du collège REP + Rosa Parks (Marseille 15e) travaille depuis le mois de janvier sur un projet ambitieux : l’organisation d’un faux procès dont ils seront les principaux acteurs.

Le 11 juin prochain, les élèves prendront possession d’une salle d’audience au Palais de Justice de Marseille pour y reproduire, dans les conditions du réel, le jugement d’un vol avec violence en réunion diffusé sur les réseaux sociaux.

 

 

Encadrés par de véritables juristes, ils se mettront dans la peau des agresseurs, des victimes ou des juges pour rendre le scénario plus vrai que nature. Au cours des dernières semaines, ils ont eu la chance de rencontrer différents professionnels de la justice avec en point d’orgue la visite, jeudi 27 mai, de Dominique Laurens, Procureur de la République de Marseille.

« Ne plus jamais les revoir dans un tribunal »

Ils sont adolescents et font partie d’une classe réputée difficile. Pourtant, ce matin-là, rien ne viendra troubler la tranquillité qui règne dans l’auditorium du collège Rosa Parks à l’arrivée de l’expérimentée Dominique Laurens, 61 ans. « Je suis fière d’être avec vous et fière de votre travail. Vous êtes des citoyens de la République et ce genre de projet ne peut que vous aider à bien grandir », amorce-t-elle.

 

Puis l’ancienne juge d’instruction rappelle, avec conviction, ce qui l’a poussée à prendre le chemin de la justice : « Je refuse que des personnes agissent contre d’autres. Je refuse que des gens viennent saloper des jeunes comme vous en vous incitant à dealer par exemple. Je refuse qu’on saborde votre santé, votre avenir, qu’on violente des femmes ou qu’on fasse du mal pour l’argent. Voilà pourquoi je suis ici ».

 

« Mais madame, ça veut dire qu’en fait c’est vous la chef ? » lui lance un élève, captivé. « Oui », concède-t-elle dans un éclat de rire. « Je dois faire respecter la loi, mais mon but n’est pas d’écarter qui que ce soit, au contraire. On essaie de juger au plus juste et de ramener les gens avec nous, dans la société. Mon plus grand souhait, c’est de ne plus jamais les revoir dans un tribunal ».

« On veut avoir une vie normale »

« Ça vous fait quoi de les revoir ? » demande-t-on dans le jeune public. Dominique Laurens de répondre : « C’est un sentiment d’impuissance, de lassitude, de désespoir même. Au tout début de ma carrière, j’ai connu un jeune qui ne parvenait pas à sortir de la délinquance. Il n’a pas réussi à l’âge adulte non plus, et j’ai su quelques années plus tard qu’il était mort seul, dans la rue. Nous n’avons pas trouvé la clé pour lui, c’est terrible » regrette-t-elle, émue aux larmes, avant de conclure : « Tout est possible, toutes les options sont ouvertes dans notre pays. Il faut rêver sa vie, avoir des envies et des objectifs. Croyez en vous ! »

 

Soufiane, 14 ans, sera assesseur lors du procès fictif et évoque cette expérience comme un véritable déclic : « On n’a pas envie de finir comme ces gens-là. On veut avoir une vie normale. Un ami dans ma classe voulait dealer pour gagner sa vie et il a changé d’avis. Moi, je ne pensais pas du tout aux métiers de la justice et maintenant je me dis « pourquoi pas ». Du côté de l’équipe pédagogique, le projet laisse déjà entrevoir des résultats très encourageants, bien au-delà de ceux espérés, comme en témoigne William Govaert, principal adjoint : « Le premier trimestre était catastrophique avec des exclusions temporaires et de nombreux rapports d’incident. Depuis, plus rien. Ce qui pour une classe de 4ème dans un collège REP + relève de l’exceptionnel ».