Conseil départemental des Bouches-du-Rhône

Des collégiens et des personnes atteintes d’Alzheimer jardinent ensemble
Education

Des collégiens et des personnes atteintes d’Alzheimer jardinent ensemble

10/05/2019

Au Puy Sainte-Réparade, des collégiens jardinent chaque lundi midi avec des personnes âgées malades d’Alzheimer. Des moments où se mêlent l’apprentissage de la vie et la redécouverte de la joie.

Equipés d’outils de jardinage et de plants de roquette, les huit collégiens marchent d’un pas cadencé, parlent et rient fort. Puis, le silence se fait lorsqu’ils pénètrent dans l’Unité de Vie protégée de la maison de retraite de Korian Les Luberons pour y retrouver quelques résidents et participer à l’atelier jardinage. Le travail commence. Les bacs les attendent. 

Chaque lundi de 13h à 14h, quelques collégiens du collège Louis Philibert et des pensionnaires atteints de maladies neurodégénératives se retrouvent pour jardiner. L’enjeu n’est évidemment pas de parvenir à tout prix à faire pousser des légumes ou des fruits. Il est bien plus simple, symbolique que cela : partager un moment, régulier, et prendre du plaisir, ensemble.

C’est à l’occasion du forum des métiers du collège que Murielle Nadal, la directrice de l’Ehpad (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), est venue présentée les différents métiers que peut offrir un tel établissement. Le lien est alors créé.

Louis Suvio, le chef de cuisine du collège, a ensuite eu cette idée lumineuse de mettre en place un partenariat entre les deux établissements voisins. Non seulement il nourrit sainement les adolescents, mais il souhaite leur montrer, habilement, à quel point la différence n’est pas un frein. Lui ne conçoit pas la vie sans les autres, qu’ils aient 12 ou 85 ans, qu’ils courent comme des lapins dans la cour de l’école ou qu’ils aient, pour reprendre le titre du film de Jacques Becker, un peu « la tête en friche ».

« Les deux établissements sont situés à 200 mètres à pied. Rien de plus facile que d’emmener les enfants jardiner avec ces personnes âgées », témoigne-t-il.

Parfois, les choses les plus belles se trouvent juste là, sous nos yeux, et trop pressés, nous ne les voyons pas. Louis Suvio a vu, lui, quelle aventure il pouvait mener, « sans que ça ne coûte un sou à personne puisqu’un agriculteur, Tristan, met la main au panier et offre des plants de roquette ou de fraise. »

« Venir ici, c’est faire du bien. »

Murielle Nadal acquiesce alors qu’elle observe en souriant les 8 collégiens présents, mains dans la terre ou binette à la main, s’activer avec Malou, Monsieur S. ou d’autres résidents qui passent quelques minutes avant de repartir. « Il est important de développer les thérapies non médicamenteuses, qui permettent une approche plus douce et innovante pour accompagner nos ainés ».

Dans le jardin ensoleillé de la maison de retraite, les enfants s’attèlent à la tâche et remuent la terre. Arrachent les mauvaises herbes. Et creusent des petits trous. Puis arrivent progressivement d’autres personnes âgées : certaines retrouvent des gestes oubliés et pourtant familiers. D’autres s’assoient et observent. Un point commun se dessine : toutes sourient.

Les enfants encouragent. Maëlle, joviale et peu timide, tend les petits plants de roquette pour que cette dame âgée mais encore habile les mette en terre. Il y a dans ce geste apparemment anodin un symbole fort : planter ensemble quelque chose qui va pousser, sans doute. Louis Suvio est heureux et vanne tout le monde. Même la psychologue est chargée de trouver un tuyau d’arrosage. Elle se plie volontiers au jeu : « Moi, je peux faire beaucoup ici mais l’arrosage, ce n’est pas mon domaine », rit-elle, avant d’expliquer : « Il y a une mémoire procédurale, c’est-à-dire la mémoire des gestes que l’on a fait pendant des années, comme le jardinage par exemple ». Cet atelier s’intègre dans le cadre d’activités flash afin de s’adapter aux capacités cognitives des personnes âgées.

« Les choses de la vie »

Les pré-adolescents, très vite, aiment à changer d’activités. Ils arrosent, discutent, s’amusent. Mathis, habillé en blanc, adore jouer au foot. Mais là, venir partager cette heure avec ces personnes âgées, c’est réellement un plaisir pour lui : « C’est faire du bien. Moi, je trouve qu’il n’y a pas assez de collégiens ! » Même son de cloche chez Léone, Laure ou Emma, qui resteraient volontiers un peu plus ! « On aime jardiner. On apprend des choses sur la vie aussi. C’est vraiment bien. On raconte tout ce qu’on fait ici à nos parents et à nos copains. »

Après un temps d’observation, ces collégiens ont compris que les personnes âgées de l’unité de vie protégée ne sont pas si différentes, même s’il est délicat de se confronter à un malade atteint de démence type Alzheimer : le naturel des jeunes l’emporte sur les préjugés.

« Ça donne de la vie, donc de l’envie », conclut Emilie la psychologue. Car dans l’unité de vie protégée, si les souvenirs de la plupart s’éparpillent au gré des sauts de la mémoire et de l’avancement de la maladie, l’essentiel demeure : le plaisir.
 

 

Ch. F.-K.

 

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