Martine Vassal : "je ne laisserai rien passer"

Trois mois après l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille, Martine Vassal, Présidente du Conseil départemental et de la Métropole, revient sur les grandes mesures de la stratégie territoriale de lutte contre l’habitat indigne et dégradé présentée le 28 novembre 2018.

Après ce drame, l’une de vos priorités est d’agir plus efficacement contre les marchands de sommeil. Comment comptez-vous y parvenir ?

Martine Vassal : Cet événement est une tragédie pour les victimes, leurs familles et toutes les personnes contraintes de quitter leur logement dans la précipitation. Nous ne voulons plus jamais vivre ça, et c’est le fil conducteur de la stratégie territoriale de lutte contre l’habitat indigne et dégradé. Il s’agit de conduire une action collective pour sécuriser le cadre de vie de nos concitoyens et améliorer leur quotidien, mais aussi pour combattre les marchands de sommeil. Face à ces propriétaires peu scrupuleux, je veux imposer un permis de confisquer. J’ai déjà rencontré le Procureur de la République qui a désigné un procureur-adjoint référent sur le sujet afin qu’ils soient poursuivis et sévèrement punis. Je me suis engagée à mettre au service des locataires logés dans des conditions indignes les moyens humains nécessaires et suffisants pour les inciter à porter plainte et les accompagner dans cette démarche. Il faut absolument que la justice joue son rôle et travaille avec nous.

Quelles sont les premières mesures que vous avez mises en oeuvre ?

M. V. : Nous avons tout d’abord sollicité l’Agence nationale de l’habitat (Anah) pour contribuer au financement des opérations urgentes et accélérer la prise en charge des immeubles sous périls. Si la propriété privée est sacrée, je souhaite aussi généraliser les Déclarations d’utilité publiques (DUP) pour mettre en lumière le laxisme des propriétaires. Pour tous les biens sur lesquels des travaux pérennes ne seront pas réalisés, nous nous substituerons à ces propriétaires sur les immeubles les plus dégradés. Je ne laisserai rien passer. Les Assises citoyennes de l’habitat permettront par ailleurs de redonner la parole à ceux qui sont au plus près de ces sujets et de ces problématiques afin, notamment de dégager des réponses collectives et des pistes d’innovation.
Il s’agit d’une large concertation entre les habitants concernés, les associations qui luttent au quotidien contre la précarité, les acteurs du monde immobilier et les décideurs publics.

Vous avez souhaité un partenariat renforcé avec l’État, qu’en est-il ?

M. V. : Je ne peux pas lutter seule. C’est pourquoi, j’ai proposé à l’État de s’inscrire dans un partenariat pérenne et renforcé, avec un engagement sur les plans financiers, humains et opérationnels. Mes échanges avec le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, ont été fructueux puisque l’État a décidé sur ce sujet de débloquer 240 millions d’euros sur les 600 millions d’euros prévus pour financer le programme d’actions sur 10 ans. J’ai également demandé au ministre de renforcer ses équipes au niveau local.

En tant que Présidente du Conseil départemental, comment entendez-vous mobiliser l’organisme de logement social 13 Habitat ?

M. V. : Dès le jour du drame, 13 Habitat a été le premier organisme HLM à proposer des solutions de relogement à de nombreuses familles. Une dizaine d’appartements ont été attribués aux sinistrés mais aussi à des foyers récemment évacués sur le parc Corot. La lutte contre l’habitat indigne passe également par le soutien du Département en faveur de la rénovation et la création de logements sociaux. Pour y parvenir, nous avons augmenté le budget dédié au logement de 3,5 millions d’euros en 2019 pour un total de 16 millions d’euros. C’est en mobilisant les forces et les compétences du Département et de la Métropole, avec le soutien de l’État, que nous permettrons à chacun de vivre dans un logement décent.


Stratégie territoriale de lutte contre l'habitat indigne et dégradé

Un cadre d’intervention global pour la Métropole et le Département avec des mesures spécifiques à Marseille pour combattre l’inacceptable et permettre le retour à l’ordre.