P.E.F : "Je voulais que Gaston Lagaffe soit tourné à Marseille

Acteur, scénariste, réalisateur, metteur en scène… À 49 ans, Pierre-François Martin-Laval surnommé “Pef” est un artiste complet, du comique-burlesque au dramatique, de l’écriture à la mise en scène. À l’affiche durant l’été de la comédie “Mon Poussin”, il travaille à l’adaptation et à la réalisation de “Gaston Lagaffe” qui sortira en 2018 et qu’il a tenu à tourner à Marseille. Revenu vivre dans sa ville natale, ce Marseillais ne boude pas les plaisirs de la mer et rêve d’y voir jouer ses propres créations théâtrales.

 

En avril prochain, le film “Gaston Lagaffe” que vous avez adapté et réalisé sortira sur les écrans. C’est un projet important pour vous ?

Pierre-François Martin-Laval : Le film sortira précisément le 4 avril 2018. Ce projet sur lequel je travaille depuis quatre ans me tient à coeur. C’est le film que je n’ai pas le droit de rater. Parce qu’André Franquin, l’auteur-dessinateur de Gaston Lagaffe, c’est un grand, un gag-man. Je me sens proche de lui parce que je suis aussi un gag man. L’écriture du film a été un véritable challenge pour moi. Elle m’a demandé un gros travail. Dans la bande dessinée, il n’y a pas de scénario, il n’y a pas d’histoires, j’ai dû donc écrire le scénario.

Pourquoi le tournage du film à Marseille et à Martigues vous tenait tant à coeur ?

P.-F. M.-L. : C’est ma première réalisation à Marseille. J’ai dû me battre pour ça. C’est important pour moi de travailler dans ma ville, de faire descendre mes films ici. Outre le fait de me rapprocher de ma famille, j’avais également envie de prouver que l’on peut tourner loin de Paris. Au printemps dernier, durant trois mois, nous avons tourné à Marseille du côté des Docks à la Joliette et dans les studios très professionnels de Provence Studios à Martigues dirigés par Olivier Marchetti. Une équipe de 100 personnes a travaillé sur ce tournage. Et elle a eu un bon accueil. C’est chouette !

Dans le film “Mon poussin”, vous êtes aux côtés d’Isabelle Nanty. Quelle complicité existe-t-il avec elle ?

P.-F. M.-L. : Isabelle Nanty a été mon professeur de théâtre au cours Florent lorsque je suis arrivé de Marseille. C’est mon amie, mon metteur en scène. Je l’ai mise en scène et elle a joué dans tous mes films. Je ne peux pas me passer d’elle ! Elle et Dominique Farrugia ont changé mon destin (Dominique Farrugia décide en 1996 de produire à la télévision la troupe des Robins des Bois).

Après plus de 20 ans de carrière, comment vous sentez-vous en tant qu’acteur ?

P.-F. M.-L. : On doit progresser tout le temps. Dans mon dernier film “Mon poussin”, j’ai eu à tourner des scènes d’amour avec Isabelle Nanty. Et curieusement, c’était plus compliqué car Isabelle est comme ma soeur, on est tellement complices. C’était pareil pour l’une des scènes où je devais sauter à l’élastique. Je l’ai fait mais c’était terrible cette sensation suicidaire. Pourtant, je suis casse-cou mais je préfère sauter du rocher du Péron sur la corniche à Marseille en pleine mer comme le font les gamins marseillais !

Vous êtes attaché au théâtre. Envisagez-vous des projets dans votre ville natale ?

P.-F. M.-L. : C’est mon rêve ! J’ai en projet une création théâtrale à Marseille et à Aix-en-Provence. Mais c’est encore au stade de l’étude. Dans la série télé “Disparue” diffusée en 2015, vous incarniez le rôle d’un père qui part à la recherche de sa fille disparue. C’est une série très noire.

Un rôle dramatique après avoir joué des comédies, c’était une volonté ?

P.-F. M.-L. : J’ai été longtemps frustré de ne pouvoir m’essayer à un rôle dramatique car j’ai toujours su que j’en avais la capacité. J’étais convaincu de pouvoir le faire, même si sur le tournage, j’ai beaucoup douté. C’est un investissement très différent de la comédie parce qu’on joue une histoire qui peut être vraie, celle de voir sa fille disparaître. Du coup, on est obligé de donner de sa personne. C’est un rôle qui ne supporte pas la tricherie et dans lequel je n’avais pas le droit de ne pas être sincère. Dans une comédie, c’est une autre approche. On est à fond pendant le tournage, mais avant et après, on peut être plus léger. Avec ce rôle, j’ai assouvi cette frustration et ça m’a comblé.

Comment êtes-vous venu à la comédie ?

P.-F. M.-L. : Depuis tout petit, je voulais être clown. Mes parents ont été formidables. Ils m’ont dit, passe ton bac d’abord ! C’était la condition. Ensuite, je suis parti à Paris, j’ai appris au cours Florent puis nous avons formé la troupe des Robins des Bois. Mais j’ai toujours amusé la galerie, à l’école, au collège… Ça vient de mon père, je crois. Il cherchait toujours à faire rire. C’est un atavisme. Mais en réalité, je suis très timide et réservé avec les personnes que je ne connais pas.

Après avoir quitté Marseille il y a plus de 20 ans, vous y êtes maintenant installé. Pourquoi ce retour ?

P.-F. M.-L. : Je ne suis jamais vraiment parti. Je ne pouvais pas rester plus de deux mois à Paris sans y redescendre. Il y a eu un moment où je me suis dit que Paris ça ne pouvait plus continuer. À Paris, je suis malheureux. Il y a deux ans, j’ai tout lâché et je me suis réellement installé ici. J’ai tiré provisoirement un trait sur le théâtre pour descendre à Marseille. Ça demande des sacrifices. J’essaie de passer le plus de temps possible ici. Je fais des allers-retours Marseille-Paris dans la journée. L’idée, c’est d’emmener mes filles à l’école le matin et de revenir le soir.

Comment les gens d’ici vous abordent ?

P.-F. M.-L. : D’abord, peu de gens savent que je suis Marseillais. Au début, ça me vexait parce que je suis susceptible. Mais je n’ai pas l’accent comme mon ami Patrick Bosso, donc naturellement je ne vends pas Marseille. Ensuite, ici, l’approche est différente. On ne me reconnaît pas forcément et ça me va bien parce que je ne trouve pas de plaisir à être regardé, à être écouté. Et puis, ici, les stars, sont d’abord et avant tout les Marseillais !

Vos lieux préférés ici ?

P.-F. M.-L. : J’aime la mer. J’ai un bateau au Vieux-Port. J’aime ma ville. Et naturellement, les Calanques, autant à pied qu’en bateau. Dans les deux cas, elles offrent des points de vue différents. J’emmène mes amis du Nord aux Goudes. Ça fait aimer Marseille qui souffre encore d’une certaine réputation. Dans l’arrière-pays, j’apprécie les sentiers du Garlaban et de Sainte-Victoire où j’ai failli décéder avec mon frère quand j’avais 5 ans après un roulé-boulé où je me suis retrouvé les deux pieds dans le vide ! Et puis, mon père nous lisait Pagnol, alors j’aime ses paysages comme à la Treille. Enfin, un truc ne m’a jamais lassé : c’est d’être en moto sur la Corniche à Marseille !

Votre prochain projet cinéma?

P.-F. M.-L. : En ce moment, j’écris mon prochain film “Un roi clandestin” dont le tournage est prévu en 2018 pour une sortie en 2019. Il s’agit de l’histoire vraie de Fahim Mohammad, un jeune clandestin de 9 ans qui a dû quitter le Bangladesh et qui a atterri par erreur à Créteil pour devenir en très peu de temps champion de France d’échecs alors qu’il était sans papiers. Aujourd’hui, c’est un adolescent et je l’ai rencontré pour le film. Ensuite, j’aimerais me remettre à la création pure. Être devant la page blanche…

DE “POUF LE CASCADEUR” À “GASTON LAGAFFE” EN PASSANT PAR “MON POUSSIN”

Né à Marseille en 1968, Pierre-François Martin-Laval “monte à la capitale”, après son bac, pour étudier l’art de la comédie au cours Florent. C’est là, dans les cours dispensés par Isabelle Nanty, qu’il rencontre ses compères (Marina Foïs, Elise Larnicol, Maurice Bathélémy, Jean-Paul Rouve et Pascal Vincent) avec lesquels il formera la troupe des Robins des Bois. Tour à tour, Pouf le Cascadeur, Commissaire Van Loc, Monsieur Merdocu, Maître Marcadet, Madame Marcadet, Professeur Cigalon, il affine son talent burlesque, son penchant naturel de clown, mais également l’art de la mise en scène. La pièce des Robins des Bois sera jouée des centaines de fois à Paris avant qu’en 1996, Dominique Farrugia programme les sketches sur la chaîne Comédie dans la “Grosse Émission” puis sur Canal Plus dans “Nulle Part ailleurs”.

Tout en poursuivant sa carrière d’acteur, Pef entame une carrière de réalisateur avec les films “Essaye-moi ” en 2006 et “King Guillaume” en 2009. Très inspiré par les Monty Python, il met en scène la comédie musicale “Spamalot” en 2010, et joue dans les vacances de Ducobu en 2012. En 2013, il met en scène “Les profs”, “ça m’a propulsé, dit-il, ce film a été le plus gros carton cinéma de l’année”, et la suite “Les Profs 2” en 2015, l’année où il joue dans la série télé “Disparue”, dans laquelle le rôle dramatique qu’il endosse lui offrira une nouvelle corde à son arc. Cet été, il est à l’affiche du film de Frédéric Forestier “Mon poussin”.